Le communisme reviendra

S’il n’y avait pas eu ces expériences historiques tant décriées, sans doute à tort, le marxisme serait peut-être resté comme l’anarchisme : une idéologie que personne ne prend au sérieux. Qu’on continue à s’acharner sur le marxisme-léninisme des années après la prétendue « fin du communisme » est un bon signe.

Le socialisme a montré de quoi il était capable et a fait trembler le monde capitaliste, encore faut-il s’écarter de l’idéologie officielle dominante qui falsifie massivement la réalité et qui a une interprétation erronée du communisme. « Henri Sellier, sénateur socialiste, écrivait en juin 1938 : « […] Mais que les socialistes, à qui Staline a fourni la preuve éclatante de la possibilité d’organiser l’économie d’une gigantesque nation, en prescrivant totalement la propriété individuelle des instruments de travail, s’associent aux clameurs intéressées de leurs adversaires les plus stupides et les plus intransigeants, cela est plus regrettable. Si Karl Marx a donné une doctrine aux socialistes, Staline a démontré que son application était possible et ses résultats salutaires. A ce titre, il a droit à leur profonde reconnaissance et à leur vive admiration… » (Russie d’aujourd’hui, juin 1938) » [1].

L’histoire est écrite par les vainqueurs, dit l’adage. Comme je l’avais dis dans un précédent article : « Vous pouvez être sûr que si les Etats-Unis avaient perdu la guerre froide on n’aurait retenu d’eux que le génocide amérindien, la traite des noirs, les bombes atomiques sur des civils, les lois racistes Jim Crow, la collaboration avec le nazisme, les expansions impérialistes… Mais on en retient souvent que la « liberté » et les beaux taxis jaunes de New York ! »

Tout ne marche pas forcément du premier coup, à ce titre l’histoire doit servir de leçon pour ne pas répéter les mêmes erreurs qui ont pu être commises, d’autant plus qu’au XX° siècle le socialisme était arrivé trop tôt et que le capitalisme n’en était pas à son dernier souffle, aujourd’hui ce dernier parait plus instable que jamais et toujours bourré de contradictions. La Révolution française de 1789 semblait également avoir échoué en 1815 avec la Restauration, comme avec le communisme aujourd’hui on ne retenait alors de celle-ci que le sang versé et ceux qui avaient défendu la révolution prenaient leurs distances…

Notes :

[1] : Fernand Grenier, Au pays de Staline, 1950, édition numérique, p. 37

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La réalité de la collectivisation sous Staline

Sosyalist-Tarım-Özbekistan-1932-800x566L’agriculture socialiste, RSS d’Ouzbekistan, 1932

« Le domaine où la planification soviétique a donné, pour l’activité agricole, les résultats les plus remarquables est celui de la mécanisation du travail agricole. On enregistre, ici, des résultats surprenants. De 1928 à 1937, le nombre des tracteurs est passé de 26.700 à 450.000, leur puissance est passée de 278.000 à 8.303.000 chevaux-vapeur. Les machines combinées, inexistantes en 1928, sont au nombre de plus de 60.000 en 1937. Grâce à ces progrès de la mécanisation, environ 90 % des surfaces ensemencées ont été cultivées par des moyens mécaniques. C’est ce fait qui explique qu’en matière de récoltes on ait pu, à partir de 1933, enregistrer des résultats de plus en plus favorables, les travaux des champs étant faits de plus en plus rapidement. Ainsi, on a estimé que le nombre d’hommes-journées exigé par la culture d’un hectare de blé d’hiver en Ukraine est tombé de 11,1 en 1923 à 6,3 en 1933 et à 2,46 en 1937. C’est là le résultat le plus positif de la planification agricole, résultat qui a permis d’obtenir, vers la fin du 2e P. Q., des récoltes comme jamais la Russie n’en avait enregistrées, ceci tout en libérant une main-d’œuvre considérable pour l’industrie. Au lendemain de la guerre, la mécanisation du travail agricole s’est encore considérablement étendue puisque pendant le P. Q. d’après-guerre il a été fourni à l’agriculture 536.000 tracteurs, 93.000 combinés et des centaines de milliers d’autres machines agricoles » [1]. L’auteur de cette citation, Charles Bettelheim, est un spécialiste incontesté de l’économie soviétique, de tendance trotskiste et anti-stalinien. L’agriculture soviétique est ainsi passé du Moyen-Age au XX° siècle en une décennie pour devenir une agriculture tout à fait moderne. D’ailleurs le fait que les formes d’exploitations agricoles collectives se soient maintenues pendant la guerre malgré l’occupation nazie et les efforts pour les démanteler est le signe que « la majorité écrasante des paysans s’est montrée très attachée au nouveau régime d’exploitation » [2]. Les propos-témoignages d’Alexandre Zinoviev, écrivain dissident soviétique et témoin de la collectivisation, sont là pour nous le confirmer. Par exemple : « Lors de mes retours au village, et aussi bien plus tard, je demandais souvent à ma mère et à d’autres kolkhoziens s’ils auraient accepté de reprendre une exploitation individuelle au cas où cette possibilité leur aurait été offerte. Tous me répondirent par un refus catégorique » ou : « Cette transformation extrêmement rapide de la société rurale fournit au nouveau système un soutien colossal dans les larges masses de la population. Et cela malgré toutes les horreurs de la collectivisation et de l’industrialisation » [3].

Notes : 

[1] : Bettelheim, Problèmes théoriques et pratiques de la planification, édition PUF, 1951, p. 85-86
[2] : Bettelheim, cité par Ludo Martens, Un autre regard sur Staline, édition numérique, p. 54
[3] :  Alexandre Zinoviev, cité par Martens, op, cit, p. 54

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Le communisme, une idéologie calomniée

Qui n’a pas déjà entendu cette phrase : « Le communisme, c’est 100 millions de morts » ? Une phrase incapable de montrer quoique ce soit qui sonne plus comme un slogan publicitaire qu’autre chose, d’ailleurs délivrée très souvent par des anticommunistes primaires n’ayant pas les moyens d’entrer dans un vrai débat.

Cette phrase comprend de nombreuses erreurs et sous-entendus, tout d’abord le chiffre en lui-même. Dans un article du Monde du 14 novembre 1997 Nicolas Werth et Jean-Louis Margolin, deux co-auteurs du Livre noir du communisme (respectivement de la partie soviétique et asiatique), récapitulent les désaccords d’au moins la moitié des co-auteurs avec le chapitre introductif de Stéphane Courtois, dans cet article ils dénonçaient des chiffres « abusifs, non justifiés » et accusaient Courtois d’avoir manipulé leurs chiffres de morts, de les avoir augmenté sans raison à partir de leurs propres études. Pour ces co-auteurs la moyenne « réelle » des victimes du communisme, d’après leurs comptes, serait d’environ « 79 millions » [1], ça ne m’étonnerait pas que ce chiffre soit encore surestimé. Ce n’est pas « peu », mais on est déjà loin des « 100 millions de morts » annoncés fièrement par Courtois. C’est grave. Grave de jouer avec les cadavres à des fins de propagande politique. Comment peut-on prendre au sérieux un historien qui fait clairement passer l’idéologie avant l’histoire ?

Soljenitsyne disait en son temps que Staline avait tué 66 millions de personnes. Rien que ça. Aujourd’hui même les historiens les plus fantaisistes en rigoleraient. Le communisme est sans aucun doute l’idéologie la plus calomniée de tous les temps, et pour cause !

(humour)

Dire en bloc que le « communisme a fait X millions de morts » ne mène à rien, il faut faire preuve d’esprit critique. Il faudrait déjà distinguer les victimes directes (exécutions, goulag…) des victimes indirectes (guerres, famines) qui forment la plupart des victimes totales. Par exemple la guerre civile et internationale contre la Russie soviétique et le « Grand bond en avant » (1958-1961) serait l’unique faute des communistes, pour le premier je ne pense pas avoir besoin d’argumenter, en revanche le deuxième est plus complexe, c’est l’événement le plus meurtrier du tableau et mériterait qu’on s’y penche un peu.

Comme l’écrit l’historien britannique Eric Hobsbawm dans The Age of Revolution: 1789-1848 (1962) presque toute réforme agraire, progressiste ou pas, entraîne d’abord le désastre. Il cite de nombreux cas en Europe et quelques uns en Asie. Une ou deux années de bouleversements politiques et économiques entraînent discontinuité et dysfonctionnement, facteur de rupture d’approvisionnement de biens, alimentaires et autres. Pourquoi le Grand bond en avant (et le « Grand tournant » soviétique en 1929) seraient des exceptions, surtout qu’il s’agissait de pays extrêmement pauvres ou la moindre convulsion pouvait tout faire basculer ? D’autant plus que les objectifs étaient valables : il s’agissait d’accélérer le développement économique. Plus particulièrement concernant la Chine, il ne faut pas négliger et prendre en compte les facteurs ayant contribué et catalysé la famine (sans être leur cause intégrale), tout d’abord les catastrophes naturelles intervenue à ce moment-là qu’on oublie trop et qui sont bien réelles, par exemple [2] :

  • en mars 1959 la région du Hunan était intégralement inondée, peu après les récoltes de printemps dans le sud-ouest avaient été perdue par la sécheresse
  • en juillet 1959 le débordement du fleuve Jaune qui inonda la Chine orientale est l’une des catastrophes naturelles les plus criminelles du XX° siècle et affecte sévèrement les récoltes,
  • en 1960 55% des récoltes ont été affecté par la sécheresse et autres intempéries, dans le nord 60% des récoltes n’avaient n’a pas reçu d’eau de pluie du tout

Sans oublier la « campagne des 4 nuisibles » qui consistait à liquider quatre espèces animales comme les moineaux qui étaient réputées détruire les récoltes, or ces animaux se nourrissaient d’insectes qui ont pu proliférer et attaquer les récoltes avec encore plus d’intensité. Mao n’était pas un dieu, il ne pouvait pas contrôler les catastrophes naturelles et pouvait commettre des erreurs. Ces deux facteurs, qui n’expliquent bien sûr pas tout, n’ont aucun rapport avec l’idéologie communiste.

Bien sûr on a oublié que Mao, malgré ses lacunes, a tout de même réussi à sortir son pays de la misère extrême en peu de temps : l’espérance de vie passe de 35 ans en 1949 à 65 ans en 1976, soit près du double. Une évolution similaire aux autres pays socialistes comme l’URSS et l’Albanie et qui est loin d’avoir été aussi rapide dans nos pays occidentaux.

Pour plus d’informations sur la famine en Chine voir cet articleL’erreur de Mao est d’avoir voulu sauter par dessus les conditions matérielles qui auraient permis une hausse de la production agricole : une base agro-technique nouvelle. Mais pour cela il aurait fallu préparer, comme en URSS, la collectivisation sur la base de la mécanisation, qui elle-même nécessitait au préalable de mettre l’accent sur l’industrie lourde…

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Les communistes seraient des méchants aux 100 millions de morts qui aiment égorger les enfants, il ne faut pas donc pas chercher d’alternative à l’exploitation de milliards d’individus par une poignée de capitalistes et de banquiers (sinon c’est le bolcho totalitaire au couteau entre les dents !). C’est le message qu’ils veulent faire passer, n’y faites pas attention. Regardez la réalité en face et réfléchissez par vous-même.

Depuis le collège on apprend aux jeunes que Staline était un tyran qui ne valait pas mieux qu’Hitler, ils aimeraient assimiler le racisme à l’humanité unifiée en les étiquetant tous les deux comme « totalitaires », et les élèves passent leur bac dans ces conditions. Ainsi les jeunes ne prennent pas la peine de réfléchir ; le communisme c’est mal et puis c’est tout.

L’Union Européenne condamne officiellement le « communisme totalitaire », dans certains pays comme la Pologne (jusqu’en 2011) et les pays baltes il est interdit de faire « l’apologie du communisme », autrement c’est la prison, et les défilés pro-SS y sont fêtés en grande pompe. En même temps l’UE a refusé de condamner le nazisme. Le parallèle bidon « communisme = nazisme » de la part des capitalistes, comme si les deux étaient mis dans le même sac, est trompeur, en réalité ils ont depuis longtemps choisi le nazisme.

Et à ceux qui disent « comment peut-on être communiste après le goulag ? », nous leur répondons : comment peut-on être catholique après l’Inquisition ?

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La guerre des chiffres n’a pas beaucoup d’utilité étant donné que l’on peut trouver des chiffres bien plus élevés pour le capitalisme comme ceux présentés dans le Livre noir du capitalisme (100 millions de morts au XX° siècle) et les millions de morts de faim chaque année de nos jours dans un monde de surproduction et de spéculation sur les matières premières. Jean Ziegler avait dit avec raison : « Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné ». Faisons un calcul simple : selon le Programme alimentaire mondial (PAM) 37 000 personnes meurent de faim chaque jour, soit 13,5 millions par an, sur 10 ans on dépasse largement la barre des 100 millions. [3] Les capitalistes n’ont aucune leçon à donner.

Lâchez vos préjugés et écoutez d’abord ce qu’ont à dire les communistes et les marxistes, peut-être ont-ils des réponses aux problèmes actuels. Je vous invite à étudier sérieusement ce qu’est le communisme, à étudier ces régimes avec plus d’objectivité, tout n’est pas noir ou blanc, il y eut également de grandes réalisations et même Werth et Margolin, dans l’article cité, admettaient que « [le communisme] ne fut ni partout ni constamment massacreur » et remettaient en cause le prétendu « lien direct » entre crimes de masse et idéologie communiste (thèse de Courtois). Vous pouvez être sûr que si les Etats-Unis avaient perdu la guerre froide on n’aurait retenu d’eux que le génocide amérindien, la traite des noirs, les bombes atomiques sur des civils, les lois racistes Jim Crow, la collaboration avec le nazisme, les expansions impérialistes… Mais on en retient souvent que la « liberté » et les beaux taxis jaunes de New York !

Voir également : Le communisme et les fameux 100 millions de morts : une manipulation ?
Sortie de crise : le communisme la seule voie ? 

Notes : 

[1] : http://glasscock.tamu.edu/nehss2012/images/Werth_Communisme_retour_a_lhistoire.pdf
[2] : http://www.disastercenter.com/disaster/TOP100K.html
Mao and Lincoln, Part 2: The Great Leap Forward not all bad, Henry C. K Liu, 1er avril 2004, Asiatimes.com
[3] : http://www.courrierinternational.com/article/2011/10/18/un-enfant-qui-meurt-de-faim-est-un-enfant-assassine

Mise à jour : 25/02/2015

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Sortie de crise : le communisme la seule voie ? Réforme ou révolution ?

« Vous voulez les misérables secourus, moi je veux la misère supprimée. » (Victor Hugo)

« Ce n’est pas une miette de pain, c’est la moisson du monde entier qu’il faut à la race humaine, sans exploiteur et sans exploité. » (Louise Michel)

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Réforme ou révolution ? En ces temps de crise et d’austérité la question mérite d’être posé, et j’y tenterai d’y répondre.

En régime capitaliste la crise systémique commence traditionnellement par la surproduction de marchandises. Pendant ce temps une quantité de personnes manquent de l’essentiel ou du minimum vital, mais par définition ils ne forment pas un marché : ils n’ont pas de pouvoir d’achat suffisant. Le marché solvable se rétrécit ensuite par les prélèvements de l’Etat (taxes, impôts…) et la baisse des dépenses publiques destinées aux désœuvrés, les entreprises parviennent de moins en moins à écouler leurs marchandises.

Le capitaliste s’engage à augmenter la productivité du travail seulement lorsqu’il s’agit de diminuer le coût du capital variable (masse salariale), produire plus, abaisser les coûts et espérer capter des parts de marché, mais le concurrent ne voulant pas se laisser dominer est obligé de faire pareil pour pouvoir rester sur pieds, les conséquences sont une baisse du taux du profit car les machines sont payés dans leur intégralité alors que les travailleurs ne sont rémunérés que partiellement par rapport à la valeur qu’ils créent, la plus-value que génère le travailleur et qui est appropriée par le capitaliste, source du profit, baisse et ce faisant une partie des ouvriers sont rendus superflus du fait de leur trop grande productivité, d’où les licenciements, et dans l’usine concurrente c’est au contraire la trop faible productivité de l’ouvrier qui le congédie. La hausse de la productivité du travail implique la hausse de la composition organique du capital, ce qui équivaut à une baisse du taux de profit. Au final on se retrouve avec une quantité globale de production accrue avec en face une demande réduite, ou dans le meilleur des cas qui n’a pas augmenté aussi rapidement, le travail étant perçu comme un coût à réduire plutôt que comme acheteur potentiel. On assiste à un effet amplificateur : les entreprises ne vendent plus, les profits chutent, les salaires baissent, les entreprises font faillite, le chômage augmente ce qui réduit à son tour la demande… C’est la crise de surproduction au milieu des privations et la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Le problème avec le capitalisme c’est qu’il a un fonctionnement anarchique, sans autorité planificatrice, guidé par la « main invisible » sensible au profit individuel, maximum et immédiat.

Pour tenter de dépasser ces problèmes de surproduction les entrepreneurs misent alors sur les exportations et la conquête des marchés extérieurs (par la guerre s’il le faut), la hausse de la demande liée à la consommation parasitaire des riches et les dépenses improductives telles que l’armement, utiles autant pour diminuer la proportion des biens de consommation en surproduction que pour dynamiser la demande car engage de la main d’oeuvre. Une part croissante du revenu national est ainsi consacré aux branches non-productives comme les services au détriment du volume d’accumulation sous-dimensionné par rapport aux besoins de la société.

Exemple du Japon, représentatif de l’ensemble des pays capitalistes occidentaux :

TauxProfitJaponSource : blog de Michael Roberts

Contrairement à ce que disent les médias la crise de 2008-2009 n’est pas née d’un simple « accident » financier sans lien avec l’économie « réelle », elle est fondamentalement liée au capitalisme. Essentiellement, on a affaire à un capital ne parvenant plus à produire de la plus-value, du fait de la surproduction et de la chute du taux de profit, qui se transforme et se retrouve dans la sphère financière, improductive, et tente de se valoriser en s’appropriant une plus grande partie de la plus-value produite dans la sphère industrielle. Il était devenu bien plus rapide, simple et nécessaire de faire marcher la planche à billet que de démarrer un nouveau cycle économique à l’usine. Or, ce capital financier spéculatif n’est pas basé sur la création de richesses réelles (marchandises) et n’a pas de véritable valeur commerciale, ce qui est mis au goût du jour lors de l’éclatement de la bulle financière, une autre preuve que seul le travail crée la richesse. Ce n’est qu’un immense tas spéculatif qui est parti en fumée lors du dernier krach financier et qui partira également en fumée lors du prochain krach avec des dégâts dramatiques.

La financiarisation de l’économie s’est accompagnée d’une large augmentation de la masse monétaire en circulation au point qu’aujourd’hui l’argent produit l’argent sans passer par le circuit de production, ce qui n’est pas viable à terme. Trop d’argent se trouve à suivre (représenter) trop peu de marchandises réelles (qui sont en plus en état de surproduction) ce qui dévalue cette marchandise particulière qu’est l’argent. Au final ce qui nous attend c’est l’Allemagne des années 1920 et la fameuse brouette…

Si une telle méthode était payante à long terme on se demande pourquoi les capitalistes continueraient de produire des marchandises à vendre, il est infiniment plus facile de spéculer sur les marchés financiers que de faire produire des marchandises. Et c’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui, ce qui prépare les conditions pour le prochain krach boursier car il n’y a aucune production de valeur supplémentaire en contrepartie et les économistes en herbe n’y peuvent rien.

Quand les banques centrales auront totalement submergé les marchés de monnaies fictives il sera temps de dévaluer plus fortement cette monnaie de singe voir d’émettre de nouvelles monnaies afin de recommencer ce cycle vicieux d’accumulation sans reproduction élargie du capital. Une partie des capitalistes auront déjà quitté nos pays avec leurs moyens de production et, le capital monnaie n’ayant plus de valeur, les travailleurs auront tout perdus. Le cycle reprendra jusqu’à ce que vous ayez décidé de renverser ce système qui fait son temps.

Nous sommes actuellement dans la phase impérialiste du capitalisme, c’est-à-dire l’économie capitaliste mondialisée et financiarisée, lorsque les banques s’approprient tout le tissu économique, Lénine avait déjà tout prévu il y a un siècle. Le capital se concentre dans les mains des capitalistes toujours moins nombreux ce qui ajoute une justification supplémentaire à sa collectivisation.

A noter que le phénomène spéculatif n’est pas nouveau, il est à la base du capitalisme, comme en témoigne par exemple la crise de la tulipe de 1637.

Il faut comprendre que l’objectif fondamental du capitalisme n’a jamais été de satisfaire des besoins mais d’accumuler du profit, peu importe les moyens et les conséquences.

L’économiste italien Domenico Moro s’est penché sur la question de la surproduction au moment de la crise, depuis les années 1980 les pays dits développés ont enregistré un déplacement des salaires vers le profit dans le partage de la « valeur ajoutée » et la productivité du travail s’est considérablement accru. L’automobile est un cas emblématique, dans lequel, selon les mots de l’administrateur délégué de Fiat « la surcapacité productive est un problème général ». En 2009 la production automobilière américaine fonctionnait à à peine 45% de sa capacité productive… C’est pour cette raison que l’Etat fédéral et la Fed avaient incité les ménages, mêmes les plus pauvres réputés non-solvables, à emprunter avec des taux d’intérêts très faibles, notamment pour l’acquisition de maisons car la propriété immobilière fournissait une garantie pour l’achat de biens de consommation comme l’automobile, et cela a effectivement dopé la demande de biens de consommation, mais n’a fait que déplacer temporairement le problème sans le régler.

Comprendre la source réelle de la crise que nous vivons permet de mieux appréhender la question de départ.

Dans une économie capitaliste les revenus des salariés n’augmentent jamais aussi vite que la productivité et le niveau de production. Au contraire, dans une société socialiste les niveaux de production et de consommation évoluent mécaniquement en harmonie.

Des exemples contemporains il y en a à n’en pas compter, l’exemple de l’automobile est particulièrement frappant ; on rapportait en avril 2013 l’existence dans plusieurs pays du Nord d’énormes « cimetières » clairement visibles sur Google maps composées de millions de voitures presque neuves qui n’ont pas été vendus [1]. On peut aussi parler de la nécessaire coordination entre les différences unités de production interdépendantes dont le manque peut provoquer des instabilités locales ou des crises systémiques en régime capitaliste. L’essentiel des maux du capitalisme viennent de l’absence de planification et de coordination d’ensemble, les décisions ayant un impact sur toute la société sont prises individuellement en fonction des intérêts privés.

Avec la prise en considération de ces défauts évidents il est étonnant que les capitalistes accusent d’irrationnelle la production socialiste. Ce genre de déséquilibres n’ont plus lieu d’être dans une économie planifiée.

La portée de la social-démocratie

Aujourd’hui il est indéniable que les conditions de vie difficiles et précaires explosent dans les pays dits développés et que les travailleurs sont soumis à une paupérisation absolue tandis que de l’autre côté les riches ne finissent plus de s’enrichir. L’ont-ils mérité ? Absolument pas, tout est basé sur l’exploitation du travail salarié, véritable producteur de richesses, et les « profits » financiers tout aussi parasitaires. 10% de la population possède 86% des richesses mondiales, parmi ces sur-privilégiés quelques individus (85) qui rentreraient dans un bus à deux étages sont aussi riches que la moitié de la population mondiale et certains Etats, le chiffre d’affaire de la tristement célèbre firme de distribution Wal-mart est équivalent au PIB de la Norvège, et bien sûr seule la poignée d’actionnaires de cette entreprise profite du travail collectif qui l’a fait tourner, tout en versant des salaires de misère à ses esclaves-salariés. Qui oserait justifier cela sérieusement ? Aujourd’hui dans le pays du capitalisme, les Etats-Unis, des images de milliers de nord-américains sans issue faisant la queue pendant des heures pour avoir un peu de nourriture gratuite sans la garantie qu’il reste quelque chose pour les derniers n’étonneront plus (au moins 35% des américains sont sous aide sociale) [2]. Dans le pays du capitalisme le revenu médian a baissé de 5% entre 2010 et 2013 et 5% de sa population vit avec moins de deux dollars par jour [3], et une étude publiée en juin 2013 par l’Associated Press révélait que le chômage, la précarité et la dépendance aux indemnités sont des problèmes pour 80% des adultes des USA pendant au moins une partie de leur vie (naturellement les classes populaires, mais aussi une grande partie de la « classe moyenne » déclinante) [4], en France pour les 20% des ménages les plus pauvres les « dépenses contraintes » (logement, énergie, transport) représentent 75% du budget et selon un sondage de 2014 66% des français disent connaître au moins une personne en situation de pauvreté dans leur famille ou dans leurs connaissances, un chiffre en hausse de 10 points par rapport à 2007 [5]. Le chômage dépasse les 10% et il y en a toujours pour dire que « le capitalisme marche »… en attendant les inégalités sont spectaculaires et n’ont jamais été aussi élevées, à titre d’indication les revenus des PDG ont augmenté de près de 1000% depuis la fin des années 1970 et l’Etat-Providence s’est montré impuissant, les dividendes versés par les entreprises ont quasiment doublés entre 2000 et 2012, la crise n’existe pas pour tout le monde, on a récemment révélé que les surgelés Picard allaient augmenter leur dette de 88% pour payer un dividende de 600 millions d’euros. Le capitalisme marche sur la tête et ne permet pas une hausse durable du niveau de vie pour le grand nombre.

Les keynésiens et les libéraux ne sont qu’une fausse opposition, ce sont deux faces d’une même pièce. Denis Clerc, le fondateur de la revue très faussement nommée Alternatives économiques, écrit : « Depuis l’écroulement du socialisme, nous n’avons plus le choix, si tant est que nous l’avons jamais eu. Il nous faut vivre avec le capitalisme. Donc tenter de le rendre plus acceptable et plus juste, moins gaspilleur et moins pollueur ». Il s’agit « non pas de révolutionner le monde, mais de l’humaniser partout où c’est possible » [6].

Ce sont les fameuses « alternatives » que nous préparent nos keynésiens… Plus clairement formulé cela donne ni plus ni moins : « Contentez-vous du capitalisme et ne revendiquez pas la fin de l’exploitation » ! Les sociaux-démocrates ne peuvent aller au-delà du fameux TINA (« There is no alternative ») de Tchatcher : pas d’alternative à la loi du profit, au marché, au capitalisme… Même si on peut saluer le minimum d’honnêteté de Clerc à propos de sa nette volonté de conserver le capitalisme, car d’autres comme lui s’imaginent tant bien que mal œuvrer pour une « troisième voie » imaginaire entre capitalisme et socialisme (Hitler, Mussolini, De Gaulle…), qui n’est toujours qu’un trip de capitalistes qui ne s’assument pas, là où les sociaux-démocrates sont très critiquables c’est qu’ils réduisent le capitalisme à un simple problème de répartition des richesses (sans trop forcer sur la « répartition » non plus !) et qu’il est illusoire de prétendre « humaniser » la société sans en changer les bases sociales et toucher aux rapports de production capitalistes actuels, pour faire disparaître les inégalités et les instabilités du système capitaliste on agit à la source : on abolit la propriété privée des moyens de production. Sinon on entre dans l’idéalisme et les thèses des socialistes-utopiques du XIX° siècle comme Proudhon qui rêvait d’un « socialisme » d’artisans ! En 1982 les marxistes-léninistes français observaient :

« Dans une vieille société capitaliste comme la notre, la classe ouvrière a accumulé une riche expérience dans la lutte contre le capital et il n’est pas facile de la tromper sur la nature du système capitaliste. La propagande de la bourgeoisie sur les mérites et les bienfaits du capitalisme n’influence qu’une fraction insignifiante de la classe ouvrière. C’est la raison pour laquelle les efforts principaux des sycophantes du capital sont destinés à jeter le discrédit sur le socialisme, à convaincre le prolétariat que le système capitaliste, même s’il n’est pas bon, est pourtant le meilleur et qu’il est vain de lutter pour un système « encore pire », le socialisme. » [7]

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Pour les réformistes l’Etat tel que nous le connaissons peut se mettre au service des travailleurs et des capitalistes en même temps, sans distinction. Dire cela c’est d’abord ne pas connaître quels sont les véritables intérêts de la classe ouvrière mais c’est aussi ignorer les mécanismes même de l’Etat capitaliste, par exemple on sait que pendant les crises l’Etat met en oeuvre d’énormes subventions en tout genre pour essayer de sauver les banques et les grandes entreprises de la faillite, c’était le cas au début des années 1930 comme en 2009 et c’est bien sûr les travailleurs et les gens ordinaires qui payent l’addition, seuls les « libéraux » font mine de s’opposer à cette politique (tout en sachant qu’ils ne peuvent pas se permettre de ne pas agir dans la réalité). Mais heureusement les sociaux-démocrates sont là pour sauver l’honneur ; ce n’est pas un Etat de classe, bourgeois, c’est « l’Etat de tout le peuple » !

Les adoucissements à l’exploitation sont depuis un certain nombre d’années perçues comme inutiles par la bourgeoisie et son Etat, le danger communiste ayant disparu il n’y a plus de raisons de les conserver, ils ne « servent » désormais plus qu’à endommager la compétitivité et les précieux profits des capitalistes. Emmanuel Macron, le nouveau ministre de l’Economie et banquier d’affaires chez Rothschild, avait dit lors d’un entretien en octobre 2014 : « C’est le moment pour la France de repartir à l’offensive. L’Europe a besoin d’un New Deal : la France s’engage à poursuivre et même à intensifier ses réformes […]. Demandez aux entreprises si rien n’a changé ! Beaucoup de réformes ont été votées et engagées : le Cice (Crédit d’impôt compétitivité emploi, NDR), le pacte de responsabilité et de solidarité, l’accord de janvier 2013 sur la sécurisation de l’emploi. L’Etat, la sécurité sociale et les collectivités font des efforts considérables pour réduire nos dépenses publiques de 50 milliards en trois ans… C’est historique ! Faire changer les choses, c’est toujours prendre un risque. C’est comme rentrer dans la vallée de la Mort : jusqu’au dernier moment, on ne sait pas quand on va en sortir ; mais la pire des erreurs est de faire marche arrière. Nous avons six mois pour créer une nouvelle donne en France et en Europe. » [8]

handover-ceremony-between-the-former-b1f5-diaporamaMacron en compagnie de Montebourg

C’est officiel, le gouvernement « socialiste » d’Hollande, qui était censé lutter contre les « riches » et le « monde de la finance », fait pire que son prédécesseur en matière d’écroulement social et de cadeaux au patronat et contribue à montrer que le classement gauche/droit n’a aucun sens. Un Etat impuissant face aux délocalisations de l’industrie (qui n’a jamais été « nationale » en régime capitaliste), un Etat qui préfère intensifier l’exploitation des travailleurs, baisser les indemnités, les adoucissements à l’exploitation, pointer du doigts les fraudes des individus aux prestations sociales alors que les fraudes des entreprises (fraude fiscale ou fraude aux cotisations sociales) représentent… 6 fois plus ! Mais ça il ne faut pas toucher !

Et bien vous l’avez votre « le changement c’est maintenant » tant promis ! Travailleurs, salariés, vous n’avez rien à attendre de ces « élus » corrompus qu’ils soient de gauche ou de droite, ils ne sont rien de plus que des employés des capitalistes faisant mine de vous représenter.

Dans les années de guerre froide les « lois sociales » et les « avantages » financés par l’exploitation coloniale de l’Afrique et faites sous l’aval du patronat n’ont jamais été contesté, le but était de garantir un niveau de vie plus attrayant qu’à l’Est. Ce n’est qu’à partir des années 1980, avec la décomposition de plus en plus visible des pays se réclamant du communisme, qu’elles ont été rejetées. Et une fois l’URSS officiellement liquidée, c’est le début de la dégringolade, l’exemple le plus frappant est l’Allemagne : 25 ans après la chute du mur de Berlin on a assisté à une baisse drastique des revenus à l’Ouest et la disparition des protections collectives à l’Est, notamment traduites par une baisse générale de l’espérance de vie. Mais les capitalistes sont conscients qu’il faut procéder le plus minutieusement possible. En 1996 un rapport de l’OCDE, au départ confidentiel, affirmait qu’il était effectivement temps pour les « pays développés » d’accélérer la libéralisation financière et la destruction des adoucissements à l’exploitation et soulignait qu’il fallait dans la mesure du possible privilégier les ajustements structurels (sur le long terme) aux mesures de stabilisation (brutales) afin de limiter le mécontentement social : « Cette distinction entre la stabilisation et l’ajustement structurel est politiquement importante. En effet, le programme de stabilisation a un caractère d’urgence et comporte nécessairement beaucoup de mesures impopulaires puisque l’on réduit brutalement les revenus et les consommations des ménages en diminuant les salaires des fonctionnaires, les subventions ou l’emploi dans le bâtiment. En revanche, les mesures d’ajustement structurel peuvent être étalées sur de nombreuses années et chaque mesure fait en même temps des gagnants et des perdants, de telle sorte que le gouvernement peut s’appuyer facilement sur une coalition des bénéficiaires pour défendre sa politique. » [9]

La loi de la baisse tendancielle du taux de profit décrite par Marx motive aussi ce processus. Les profits des entreprises ont baissé structurellement (effet amplifié par la crise), elles dépendent essentiellement des renflouements des banques, qui dépendent elles-mêmes des perfusions de l’Etat. On ne peut pas forcer les capitalistes à partager, cette politique n’est pas valable et ne l’a jamais été.

Aujourd’hui la masse salariale ne représente qu’une petite partie du coût de production total, il devient de plus en plus difficile d’accroître la plus-value relative (mécanisation) conformément à la loi de la productivité décroissante, il ne reste donc plus qu’à accroître la plus-value absolue (baisse des salaires, allongement du temps de travail, intensification du travail) mais celle-ci se heurterait à des problèmes sociaux.

Les faibles hausses de la productivité des dernières décennies, la baisse des taux de profit, la quasi-stagnation des salaires et l’inflation ont fait chuter les revenus de l’Etat bourgeois, d’où la nécessité de l’austérité pour suivre la baisse des revenus publics et restaurer les taux de profit mis à mal par la crise.

L’austérité n’est pas la cause de la crise mais la conséquence, c’est le stade incontournable où le capitalisme contemporain devient encore plus dur avec les travailleurs et où l’Etat-Providence se transforme en Etat-Policier.

photo_1360150706469-1-0Le nouveau visage de la Grèce, tant de misères dans ce monde… Entre 2010 et 2013 le pouvoir d’achat des grecs a chuté de 37%

Depuis la seconde moitié du XIX° siècle les actionnaires des grandes entreprises confient même leur tâche de gestion de l’entreprise à des salariés que sont les managers et prennent de moins en moins de « risques » (même si l’entreprise ne fait pas de profit et que les investissements sont en baisse les dividendes sont toujours versés, voir augmentés) et provoquent des effets négatifs pour la société (ainsi on délocalise, on licencie, on presse les salaires et les travailleurs comme des citrons). Les propriétaires du capital et les banquiers font littéralement de l’argent en respirant et les managers sont toujours plus grassement payés. Le plus « étonnant » est que, selon une étude américaine, les patrons les mieux rémunérés sont également les moins performants [10]. Pendant ce temps-là les ouvriers sont exploités et privés du droit au contrôle du fruit de leur labeur, mais cela n’intéresse pas les réformistes.

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Ce ne sont pas les sociaux-démocrates qui pourront s’occuper de cette situation déplorable et encore moins fournir une « alternative », ils n’ont pas les moyens (ni la volonté) de surmonter les contradictions du capitalisme, ils ne peuvent permettre une lutte efficace contre les inégalités de tous types. Ils se posent en défenseurs des travailleurs, ils cherchent en réalité à perpétuer leur asservissement en prônant la collaboration de classes, en souhaitant harmoniser des intérêts par nature contradictoires, le but est de faire croire que le capitalisme peut être « modéré » et « planifié », que les ouvriers privés du produit de leur travail ne sont plus exploités car ils ont reçu quelques miettes de plus. Les fascistes, en plus des méthodes sociales-démocrates classiques, ont également tenté de balayer la lutte des classes en mettant en avant la lutte des « races » (ou du moins des cultures) ainsi que le culte de la patrie et/ou de la religion afin de dresser les travailleurs les uns contre les autres et faire oublier leurs véritables ennemis communs, aujourd’hui c’est la théorie du choc des civilisations qui entre en jeu, entretenue par les élites et les mouvements d’extrême-droite.

Ils omettent le fait que la mondialisation et la financiarisation de l’économie capitaliste sont des processus intrinsèques du développement capitaliste et ne sont pas des inventions de quelques théoriciens. C’est pour évacuer les problèmes de surproduction, la recherche de profits accrus et plus simples, les difficultés structurelles accrues à valoriser le capital productif et à produire de la plus-value qui ont conduits à ces phénomènes. Comme le montre par exemple l’économiste marxiste québécois Robert Bibeau ces phénomènes, notamment la financiarisation, sont inscrits dans les gênes du capitalisme et le seul moyen de se débarrasser de leurs maux est une sortie pure et simple du capitalisme, dans son livre Le déclin de l’impérialisme contemporain (2014) il résume :

« Contrairement à ce que prétend la pseudo-gauche réformiste, cet aboutissement n’est pas voulu ni souhaité par les banquiers. Ce résultat inespéré est la conséquence des lois de fonctionnement obligées de l’économie capitaliste tétanisée – la loi de la propriété privée des moyens de production – la loi de la recherche du profit maximum – la loi de la dégradation de la composition organique du capital – la loi de la baisse du taux social moyen de profit – et la loi de l’enrayement du processus de valorisation du capital et de sa reproduction élargie. Nul économiste, ni chef politique, ni capitaliste, ni pseudo-socialiste ne peut empêcher ces lois d’orienter l’économie capitaliste-impérialiste vers la crise dont les capitalistes chercheront un jour à s’extirper en engageant la destruction de forces productives et de moyens de production par une crise systémique qu’ils ne maîtriseront pas, ou pire, par une guerre génocidaire. »

Il est important de s’en rendre compte : il n’y a pas de « bon » et de « mauvais » capitalisme, c’est se voiler la face que de parler de « capitalisme financier » (donc sous-entendre qu’il y aurait un capitalisme qui ne le serait pas). Le capitalisme en est arrivé là naturellement et il est impossible de faire marche arrière.

Comme l’a bien résumé le KKE à propos de Syriza, « en limitant sa critique au soi-disant « capitalisme néolibéral », SYRIZA encourage la création des illusions parmi les travailleurs qu’il peut y avoir un autre « bon » capitalisme » [11] et ainsi sauver le capitalisme en général. Son « voisin » turc du Front Populaire (Halk Cephesi) commentait sa victoire récente comme-ci : « Le réformisme, c’est ce qu’on appelle intégrer les masses travailleuses au système en jouant avec leurs espoirs et en sapant leurs rêves » [12], c’est rendre inoffensive la colère populaire. D’ailleurs le journal « anti-austérité » Alternatives économiques de février 2015 (p. 5) notait lui-même : « Il va faire des compromis, des erreurs, trahir nombre de ses promesses… et on ne lui en voudra pas forcément. » Les réformistes sont conscients de leur impuissance, bien que la revue présentait la victoire de Syriza comme une « vraie raison d’espérer ». Or l’espoir est déjà terminé moins d’un mois après, Tsipras a accepté « provisoirement » les conditions de la Troïka, il a reporté l’augmentation du salaire minimum, il a renoncé à effacer la dette etc…

Contrairement aux idées reçues ce n’est pas le CNR qui a introduit les « acquis sociaux » mais cela a clairement commencé sous le régime de Pétain dans l’optique fidèle aux fascistes de réconciliation des travailleurs et des patrons pour briser la lutte des classes. Ces « acquis sociaux » ont été décrété par l’oligarchie elle-même comme l’a fait Bismarck en son temps pour contrer la montée du mouvement ouvrier en Allemagne, selon ses propres mots : « Mon idée était de persuader – ou devrais-je dire de corrompre – la classe prolétarienne pour qu’elle voie en l’État une institution sociale érigée pour elle et veillant à son bien-être. » [13] La social-démocratie a été un produit de la bourgeoisie libérale pour continuer à dominer la classe laborieuse, pour l’empêcher d’aller vers le communisme et la libération sociale, en leur distribuant des aides diverses comme on donne le sucre à son chien. Les capitalistes pouvaient ainsi continuer à faire fructifier leur capital et leurs privilèges en toute tranquillité, en achetant le calme des pauvres. Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman Sachs, l’a compris lorsqu’il appelait à réduire les inégalités qu’il juge « responsables des divisions dans le pays » (comprenez intensification de la lutte des classes !)… ou quand les grands capitalistes appellent explicitement la « vraie gauche » (les marionnettes de type Montebourg ou Mélenchon) afin d’affermir l’ordre capitaliste en calmant les tensions sociales et embrouiller les travailleurs [14]. Blankfein adopte ici la méthode prudente et subtile, qui est loin d’être partagé par tous les capitalistes, qui ont au contraire une tendance de plus en plus poussée à favoriser la répression d’Etat pour éviter à devoir faire quelques compromis, le traité de Lisbonne (2007), par exemple, intervient à cet égard en légalisant le meurtre des manifestants [15].

L’étatisation de l’économie de marché n’a jamais eu pour but de l’affaiblir mais de la renforcer, dans le modèle social-démocrate les entreprises d’Etat sont subordonnés aux entreprises privées, elles ont pour but de catalyser le commerce privé, par exemple en France EDF distribue sa production à un prix inférieur aux trusts. Il n’y a pas d’entreprises et de sociétés « mixtes » à moitié socialiste à moitié capitaliste, ce qui fait d’une entreprise son caractère socialiste ou capitaliste c’est l’environnement sociétal dans lequel elle est, s’il s’agit d’une dictature du prolétariat ou pas…

Une nationalisation bourgeoise n’a évidemment rien à voir avec une nationalisation socialiste, les revenus de la première vont à cet Etat qu’est l’organe exécutif des capitalistes endetté auprès du capital privé, donc à la bourgeoisie, elles sont opérées pour deux raisons principales ; premièrement lorsque les entreprises capitalistes sont en difficulté, il s’agit alors pour l’Etat de les nationaliser (avec de grasses indemnisations), les réorganiser, les désendetter et les rentabiliser aux frais du contribuable et ensuite les rendre aux capitalistes (reprivatisation), c’est ce qui s’est passé, par exemple, en Allemagne dans les années 1930 ou aux Etats-Unis avec la nationalisation de General Motors en 2009 pour éviter sa faillite, et puis, une fois restructurée, sa reprivatisation progressive en cédant des millions de dollars de parts de capital aux acteurs privés ; la deuxième raison est de calmer les tensions de classes et faire plaisir aux influents partis « communistes » et « socialistes » réformistes, c’est ce qui s’est passé dans les pays capitalistes au cours des années 1940, particulièrement en France et en Italie. Au contraire, ce qui caractérise l’émergence du nouveau modèle économique et la nationalisation socialiste c’est son caractère général, immédiat et sans indemnisations par le prolétariat en la personne de son Etat, comme c’était le cas en Albanie entre les années 1945-1947. La nationalisation socialiste se fait dans l’intérêt de la construction du communisme, vers une socialisation toujours accrue.

Le millionnaire Keynes disait lui-même qu’il proposait les interventions étatiques pour la raison que cela constituait le « seul moyen d’éviter la complète destruction des institutions économiques actuelles » et la « condition nécessaire d’un fructueux exercice de l’initiative individuelle » [16], l’interventionnisme devait donc servir de béquille au capital. En un peu plus direct, en parlant d’un parti socialiste : « C’est un parti de classe, et cette classe n’est pas ma classe [la classe ouvrière]. Si je dois revendiquer des avantages pour une fraction de la société, ce sera pour celle à laquelle j’appartiens. […] Je peux être sensible à ce que je crois être la justice et le bon sens ; mais la lutte des classes me trouvera du côté de la bourgeoisie cultivée » [17]. Keynes, revendiqué par tous les mouvements de gauche, était un aristocrate anticommuniste viscéral qui, on ne le répétera jamais assez aux gauchistes qui se croient contestataires, n’a jamais eu d’autre objectif que d’assurer la pérennité de la domination capitaliste, il était parti du libéralisme pour finir dans l’étatisme avec la crise systémique, une évolution tout à fait naturelle. Malgré ses sérieuses lacunes Keynes avait remarqué que le capitalisme était instable et qu’il provoquait des crises, c’est donc pour sauver les profits que l’Etat devait intervenir et s’endetter.

Pour Keynes « les salaires réels et le niveau de la production (et donc de l’emploi) [étant] inversement corrélés » en économie de marché, il préconisait la montée générale des prix (l’inflation) afin de faire baisser les salaires et les taux d’intérêts réels, car il savait qu’il est plus difficile pour les ouvriers de résister à une hausse des prix qu’à une baisse des salaires nominaux, cela devait permettre d’équilibrer l’épargne et l’investissement et d’accroître la « rentabilité du capital » afin d’augmenter le niveau d’emploi et de créer les conditions pour le développement « normal » du capital, l’Etat devait aussi étatiser des branches économiques entières (comprenant bien que les interventions de l’Etat capitaliste servent les intérêts privés), mettre en oeuvre d’importantes subventions et investissements publics, qu’ils soient utiles ou pas (armement…) afin de soutenir l’économie. Occultant les causes réelles des crises et le mécanisme pervers du capitalisme, pour Keynes l’insuffisance de la demande était due à des raisons « psychologiques », en réalité cela était due à la paupérisation relative (si ce n’est pas absolue) des travailleurs, et cette baisse des salaires réels allait encore plus appauvrir la demande intérieure des classes populaires.

Même un keynésien comme Denis Clerc avait admis : « Partout où elles étaient tentées (sauf aux Etats-Unis), les politiques keynésiennes de relance ont échoué, ou n’ont réussi qu’en provoquant des déséquilibres intolérables à terme (déficit commercial extérieur, inflation) » [18]. On notera que le New Deal américain a également échoué à retrouver le niveau de 1929, il est à l’origine de la récession de 1937 et ce n’est que la Seconde guerre mondiale qui a vraiment sortie le pays de la crise. Entre 1939 et 1944 le PIB des USA a connu un bond de 154% ! On comprend désormais le goût des capitalistes pour la guerre, que les politiques keynésiennes alimentent.

Les keynésiens d’aujourd’hui estiment que la hausse des dépenses publiques et des salaires suffiraient à régler les maux du capitalisme et à « relancer la croissance », des décennies d’endettement public et privé délirant pour pas grand chose n’ont pas réussi à enterrer ce refrain.

Aujourd’hui le contexte n’est plus le même qu’après la Seconde guerre mondiale, le mythe des « 30 glorieuses » était le fruit de circonstances exceptionnelles qui n’aurait sans doute pas pu voir le jour sans les immenses dépenses en armement et en reconstructions due à la plus dévastatrice des guerres (qui marque ainsi la fin de la crise des années 1930), une tentative de remake de son aspect « social » engendrerait une fuite massive de capitaux ou des grèves de l’investissement car la peur permanente du communisme (à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur) n’est plus là pour justifier la générosité de la bourgeoisie, et constatant leur échec les réformistes devront faire lamentablement marche arrière comme ce fut le cas avec le « Tournant de la rigueur » de Mitterrand en 1983… et même avec Hollande de nos jours qui avait, avant son élection, promis une taxe sur les riches suffisamment « forte » pour susciter l’indignation du MEDEF… Une fois élu il a proposé une forme très atténuée de cette taxe devant la Cour constitutionnel pour finalement se coucher totalement devant les exigences des capitalistes, Forbes titrait à ce propos : « Hollande converti, propose l’austérité et une baisse des taxes pour renforcer la croissance en France » [19], le capitalisme ne peut pas être réformé, la pseudo-« révolution bolivarienne » au Venezuela nous le montre d’ailleurs tous les jours. Et de toute façon les Etats sont massivement endettés, ruinés par le capitalisme, en France la moitié des recettes publiques servent à rembourser la dette et les intérêts. Les travailleurs et les capitalistes ne supporteraient de nouvelles hausses d’impôts, les uns devront resserrer leur consommation, les autres réagiront par des grèves de l’investissements ou pire. Intensifier l’austérité réduirait la consommation intérieure mais creuser davantage la dette nous ferait plonger dans le même marasme que la Grèce. Que ce soit l’austérité ou la relance keynésienne on fonce vers le même désastre économique, la solution se trouve définitivement hors-système. « Nous savons où se trouvent les ressources matérielles dont nous avons besoin. Les travailleurs les produisent, mais ce sont les capitalistes qui les possèdent. L’expropriation des capitalistes doit retrouver sa place au cœur de nos revendications. Et s’il faut rattacher un nom au programme dont nous avons besoin, ce ne doit pas être Keynes, mais Marx. » [20]

En France la social-démocratie est puissante depuis qu’au sein des forces socialistes les réformistes conduits par Jaurès sont sortis vainqueur de la lutte interne contre les révolutionnaires représentés par Sorel. La lutte pour le changement de société a progressivement laissé place à l’amélioration des conditions d’esclavage et du pouvoir d’achat. Mais, comme le disait Marx, le salaire peut augmenter en terme absolu dans les conditions favorables du capitalisme mais cela suppose une polarisation accrue des richesses et sera accompagné d’une paupérisation relative des travailleurs : « Lorsque le capital s’accroît rapidement, le salaire peut augmenter, mais le profit du capital s’accroît incomparablement plus vite. La situation matérielle de l’ouvrier s’est améliorée, mais aux dépens de sa situation sociale. L’abîme social qui le sépare du capitaliste s’est élargi [21] ». Au contraire, dans les conditions défavorables, Marx montre que le capitalisme conduit à la paupérisation absolue des travailleurs et des plus pauvres, comme on le constate de nos jours. Time Magazine a publié un long article de Michael Schuman le 25 mars 2013 dans lequel il écrit : « Marx a théorisé le fait que le système capitaliste appauvrissait les masses et concentrait les richesses entre les mains de quelques-uns, provoquant des conflits sociaux et des crises économiques. Il avait raison. C’est si facile de trouver des statistiques qui montrent que les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. » [22]

La solution : le socialisme !

« Le marxisme est mort » dit-on… Bien sûr, c’est ce qu’on disait également au moment de la révolution bolchevique et de la crise des années 1930. En réalité Marx est plus que jamais d’actualité aujourd’hui, et le fait qu’on continue à s’acharner sur lui malgré la prétendue « fin du communisme » est un bon signe. Autant le dire d’emblée : le capitalisme n’est pas naturel, il suppose des comportements et un système politique spécifiques, il a existé autrefois des sociétés qui ont vécu sans marché et sans marchandises, il a existé des peuples qui ont remarquablement entrepris la construction d’une autre société, supérieure, contre vents et marées. Le capitalisme a été un progrès pour l’humanité, aujourd’hui il joue le rôle contraire, comme d’autres modes de production avant lui le capitaliste disparaîtra, ce n’est qu’un point passager de l’histoire de l’humanité.

Il s’agit en premier lieu d’abolir la contradiction intrinsèque au capitalisme entre les rapports sociaux de production (privés, bourgeois) et le caractère de la force de travail (collectif), ce qui explique également les déséquilibres de l’économie capitaliste ; le contrôle collectif des richesses générées par la collectivité et notamment la classe ouvrière, c’est la base du socialisme. Leur travail n’est plus le symbole de son asservissement mais devient la condition de sa libération économique, sociale et politique. Il n’y a plus d’exploitation car la moitié de son temps de travail effectué n’est plus donné « gratis » à son patron mais lui revient sous une forme ou une autre ainsi qu’à la collectivité entière (pour financer le développement futur, les indemnités, les frais d’éducation, de santé, de transports…) ; il n’y a plus de bourgeoisie mais seulement des producteurs socialistes associés dans l’État et les coopératives. Le capital du monde est soit un don de la nature, soit le fruit du travail collectif de nombreuses générations, dans tous les cas il est utile à tous, pourquoi certains auraient le droit d’en détenir la propriété exclusive ? Ce capital revient de droit à la collectivité et particulièrement aux ouvriers dont la force produit tout.

Débarrassée des contradictions du capitalisme une société socialiste peut développer largement la production et diffuser plus amplement le progrès technique, de nombreux emplois inutiles dans les services seront supprimés (finance, marketing…) au profit des emplois réellement productifs dans les usines, ce qui aura également pour conséquence de faire baisser le temps de travail individuel. Il arrivera peut-être un jour où le progrès technique et scientifique aura tellement avancé que les machines et les robots pourraient travailler pour nous. Au fur et à mesure du développement socialiste des forces productives on profitera d’une production énorme, qui pourra finalement être écoulée gratuitement, avec un temps de travail minime (« à chacun selon ses besoins, à chacun selon ses capacités »), pas plus de quelques heures par jour au profit du temps de loisirs. Dans le système capitaliste le progrès technique maximal ne serait pas souhaitable ni possible étant donné que le taux de profit serait érodé et que tout le monde serait simplement au chômage. Seul le communisme peut désormais faire de ce monde un « jardin », il est dans l’intérêt de la grande majorité de la population.

Par la diffusion du progrès technique le temps de travail sera réduit en proportion. Au début des années 1950 Staline avait proposé la journée de travail de 5 heures [23], rendue possible par un nombre croissant d’ouvriers et le progrès technique dans la « patrie du socialisme », en tant que base pour effacer les différences entre le travail manuel et le travail intellectuel et pour développer le temps de loisirs, dans la société socialiste la reproduction simple et élargie provoque la baisse du temps de travail individuel ou le transfert de la main d’oeuvre rendue superflue directement dans d’autres branches dans le besoin sans connaître le chômage. Comme le disait Staline (âmes sensibles s’abstenir), « nulle part les machines ne sont employées aussi volontiers qu’en URSS, puisqu’elles économisent le travail à la société et facilitent la peine des hommes. Et comme le chômage n’existe pas en URSS, les ouvriers emploient très volontiers les machines dans l’économie nationale » [24]. Au contraire dans l’économie capitaliste cela se traduit par les licenciements… ou par l’augmentation du temps de travail (pour faire marcher les machines plus longtemps), c’était le cas pendant une partie de la révolution industrielle avant que l’Etat ne décide d’imposer progressivement un certain plafond pour éviter de pousser les ouvriers à la révolte. De nos jours le chômage augmente, le temps de travail augmente, l’âge de départ à la retraite augmente, la pauvreté augmente alors que dans une société fonctionnant correctement, socialiste, la tendance devrait être le contraire, le mécanisme inhérent au capitalisme l’en empêche.

Le socialisme ce n’est pas « travailler pour les autres », cet adage irait d’ailleurs bien mieux au capitalisme ; le travail n’enrichit personne, c’est l’exploitation du travail, les spéculations et les fraudes qui enrichissent. Le socialisme ce n’est pas non plus l’assistanat, ni l’égalité en soi, c’est avant tout le prolétariat au pouvoir. Il n’y rien d’utopique là-dedans, il suffirait d’y croire.

Ce que doivent chercher les communistes ce n’est pas l’augmentation des salaires dans le cadre du capitalisme, ce n’est pas pleurnicher sur l’austérité, mais l’abolition du salariat comme l’a affirmé Marx à propos du rôle conservateur, voir réactionnaire, de certains syndicats qui ont tendance à répandre cette mentalité de réformistes parmi les ouvriers :

« Au lieu du mot d’ordre conservateur : «Un salaire équitable pour une journée de travail équitable», ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire : «Abolition du salariat». […] Les syndicats agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiétements du capital. […] Ils manquent entièrement leur but dès qu’ils se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition définitive du salariat. » [25]

Les communistes russes ont pris le pouvoir dans un pays arriéré, encore féodal, avec une industrie absente ou détruite par la guerre, une population essentiellement paysanne et culturellement arriérée. Le prolétariat industriel était minuscule et n’avait pas d’expertise dans la mécanisation et l’industrie lourde. Sans oublier l’hostilité du monde capitaliste agressif qui n’a pas hésité à envoyer 165 000 soldats dans la Russie socialiste et à décréter le blocus. Il fallait d’abord industrialiser le pays le plus rapidement possible, à n’importe quel prix, et améliorer le niveau culturel de la population avant de pouvoir développer plus largement les rapports de production socialistes et la démocratie populaire. Aujourd’hui la grande majorité des pays du monde disposent d’une certaine base industrielle, le cours des événements ne saurait donc pas être tout à fait le même, surtout dans des pays dits développés comme le nôtre où les rapports de production socialistes peuvent être plus aisément instaurés.

Le socialisme se chargerait d’améliorer largement le bien-être culturel des travailleurs afin de leur donner l’envie et la capacité de participer directement aux affaires d’Etat et à la direction de toute l’économie. C’était le plan de Staline lorsqu’il voulait former une classe ouvrière très hautement qualifiée capable de s’affranchir des différences entre le travail manuel et le travail intellectuel. Cette participation générale à la politique du pays est facilité aujourd’hui par l’existence d’Internet, en plus des conseils populaires (soviets).

Mais malgré tout ce qu’on peut reprocher à l’URSS, l’expérience soviétique a le mérite de montrer de quoi une économie planifiée est capable. Aujourd’hui la propagande accélérée en faveur du système capitaliste colonise les esprits, largement facilitée par la sous-information de ce qu’est réellement le communisme et l’URSS, malheureusement prépondérant de nos jours. Des économistes orthodoxes de l’époque reconnaissaient ainsi la rationalité de l’économie planifiée, par exemple l’économiste américain J. Berliner déclarait devant une commission du Congrès en 1959 : « Je tiens pour démontré que l’économie socialiste est suffisamment efficace, et le problème se résume à mesurer cette efficacité » [26] ou Arthur Cecil Pigou, autrefois sceptique, qui dans Capitalism versus socialism (Londres, 1954), admettait remarquablement des arguments puissants en faveur de l’économie planifiée.

Par exemple, en 1960 un rapport pour le Congrès américain constatait dans la conclusion : « Il semble clairement établi que l’output industriel soviétique ait augmenté au moins deux fois plus que le taux US moyen pendant la dernière décennie » [27]. Et aucune comparaison de périodes n’est possible, même par rapport à l’industrialisation rapide qui a suivie la Guerre de Sécession le taux de croissance soviétique demeurait supérieur. C’est un phénomène historique, entre les années 1918-1960 le taux de croissance annuel moyen en URSS a été de 10,1% (et encore plus dans les années 1930), contre 3,3% pour les USA, si l’on prend pour ces derniers la période plus favorable de 1870-1913 le chiffre ne monte qu’à 5% [28]. Bien entendu ce développement n’a pas été entrecoupé de crises comme ce fut le cas pour tous les pays capitalistes.

Au total la planification soviétique a produit des résultats tels que même Hitler, l’ennemi mortel du bolchevisme, a été obligé d’applaudir (en privé), en 1942 :

« Si Staline avait eu 10 ou 15 ans de plus, la Russie serait devenu le plus puissant pays du monde, et deux ou trois siècles auraient été nécessaires pour faire changer cela. C’est un phénomène unique ! Il a augmenté le niveau de vie — cela ne fait aucun doute. Plus personne ne meurt de faim en Russie. Ils ont construit des usines là où il y a deux ou trois ans il n’y avait que des villages inconnus — et des usines, tenez-vous bien, aussi grandes que les Hermann Göring Works. Ils ont construit des lignes de chemin de fer qui ne sont même pas encore sur nos cartes. En Allemagne nous nous disputons sur la fixation du prix des billets avant même de commencer à construire la ligne ! J’ai lu un livre sur Staline ; je dois admettre que c’est une personnalité immense, un ascète qui a pris l’ensemble de ce pays gigantesque fermement dans sa poigne de fer. » [29]

En mettant l’accent sur le développement prioritaire de l’industrie lourde (industrie mécanique, sidérurgie, production de moyens de production), impossible sous le capitalisme car le profit y est plus faible que dans l’industrie légère, cela signifie certes arrêter la croissance de la production de biens de consommation, voir la réduire, à court terme mais c’est l’accroître largement à moyen-long terme, c’est appliquer ce qu’on a appelé le principe des chaînons décisifs, car c’est de l’industrie lourde que dépend le développement économique général. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi que les ouvriers, sources de toute richesse, soient motivés et ils le seraient beaucoup plus s’ils avaient conscience qu’ils travaillaient, directement ou indirectement, pour eux-mêmes et pour la future société communiste.

Aujourd’hui les moyens de la planification, malgré un plus grand nombre de produits à maîtriser, sont largement supérieurs grâce à l’informatique moderne comme l’ont montré les chercheurs britanniques Paul Cockshott et Allin Cottrell dès les années 1990, ce qui affiche toute l’actualité de l’économie planifiée.

Mais si les capitalistes ont finalement vaincu la Guerre froide, c’est que le capitalisme n’avait pas encore dit son dernier mot, or cette situation ne peut pas être éternelle. Aujourd’hui le capitalisme est sans doute plus instable que jamais.

Quand les riches volent les pauvres ...

Les travailleurs ne doivent pas se laisser endormir par la démagogie sociale-démocrate et fasciste. De Bernstein et Keynes à Mélenchon, les sociaux-démocrates de tous genres doivent être considérés comme des ennemis des communistes et de la classe ouvrière. Ceux qui les identifient comme des « amis politiques » comme le PRCF ou le PCOF ne sont tout simplement pas communistes.

L’écrivain marxiste français Vincent Gouysse écrit à juste titre :

« Jamais donc, la nécessité du renversement du capitalisme n’a été aussi aigüe. Et pourtant, jamais les forces sociales capables de s’acquitter de cette mission n’ont paru aussi réduites ou pour le moins divisées. Forte de sa domination économique et idéologique, la bourgeoisie parvient pour le moment à anéantir et à empêcher l’émergence de toute opposition organisée à sa domination. » [30]

Face à ce capitalisme sauvage et instable il n’y a pas plusieurs solutions : il faut le renverser et construire l’avenir communiste, encore inconnu, sous la direction du prolétariat ! Socialisme ou barbarie ! Abolition du salariat !

Notes :

[1] : Express.be, Un cimetière de voitures « presque neuves », 30 avril 2013
[2] : CBS. Miami, 22/08/2014, vidéo publiée par Dailymotion le 23/08/2014
[3] : Vivre avec deux dollars par jour aux États-Unis, Argent.canoe.ca, 27/08/2014
[4] : Press TV, 80% of US adults face near-poverty, no jobs, 28/06/2013
[5] : http://www.ipsos.fr/decrypter-societe/2014-09-11-pauvrete-plus-qu-crainte-realite-pour-nombreux-francais
[6] : Denis Clerc, Déchiffrer l’économie, éd. La découverte (17°), 2011, pp. 420-422
[7] : L’Emancipation, n° 1-8 (1979-1983), édition numérique, p. 151
[8] : E. Macron, entretien avec Le JDD, 11/10/2014
[9] : Cahier de politique économique n° 13, « La faisabilité politique de l’ajustement », par Christian Morrisson, 1996
[10] : Forbes, The Highest-Paid CEOs Are The Worst Performers, New Study Says, 16/06/2014
[11] : http://inter.kke.gr/fr/articles/SYRIZA-la-force-de-reserve-de-gauche-du-capitalisme/
[12] : Yürüyüs (La Marche, revue du Front Populaire), n° 455 du 8 février 2015, p. 20
[13] : O. von Bismarck, Gesammelte Werke 1924/1935, volume 9, pp. 195-196
[14] : CBS News, Goldman Sachs CEO: Income inequality is « destabilizing », 10/06/2014
[15] : Nicolas Bourgoin, Rémi Fraisse, tué pour l’exemple ?, 29/10/2014
[16] : Cité par Paul Mattick dans Marx et Keynes, éd. Gallimard, 1972, p. 13
[17] : Keynes, Suis-je un libéral ? (1928), cité par Mattick, op. cit, p. 33
[18] : Denis Clerc, Déchiffrer l’économie, La Découverte, édition de 1994, p. 358. Ce passage a disparu des nouvelles éditions du livre cité.
[19] : Site du CIO ivoirien, Thomas Piketty : le nouveau Marx ?, 09/07/2014
[20] : La Riposte, Qui était John Maynard Keynes ?, 14/02/2012
[21] : Karl Marx, Travail salarié et capital (1849), édition numérique, p.16
[22] : http://www.legrandsoir.info/la-revanche-de-karl-marx.html
[23] : Staline, Les problèmes économiques du socialisme en URSS, 1952, édition numérique, p. 32
[24] : Idem, 
p. 21
[25] : Karl Marx, Salaire, prix et profit, 1865, édition numérique, p. 31
[26] : « A comparison of United States and Soviet Union economics », novembre 1959, cité par Bronislaw Minc, L’économie politique du socialisme [1963], éd. Maspero, 1974, p. 321
[27] : Cité par Minc, op. cit, p. 187
[28] : Minc, op. cit, p. 187-188
[29] : Hitler, cité dans Hugh Trevor-Roper, Hitler’s Table Talk 1941-1944. His Private Conversations, éd. Enigma Books, 2000, p. 661-662
[30] : Vincent Gouysse, Contre-offensive idéologique, 2014, édition numérique, p. 218

Mise à jour : 28/02/2015

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Résurgence révolutionnaire en Turquie : que veut le DHKP-C ?

Outre les kurdes et les djihadistes une nouvelle menace d’un autre genre pèse sur la sécurité de la Turquie : le DHKP-C, un acronyme qui signifie Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple, un mouvement clandestin marxiste-léniniste dont le but est de renverser le pouvoir par les armes pour la « création d’une Turquie indépendante, démocratique et socialiste ».

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Peu connu à l’étranger le DHKP-C a été fondé en 1978, d’abord en tant que Devrimci Sol (Gauche révolutionnaire) puis a changé de nom en 1994 suite à une scission majeure, il est l’héritier des mouvements marxistes des années 1970 des Mahir Cayan et Deniz Gezmis nés au lendemain des insurrections ouvrières et étudiantes. Dursun Karatas, mort en exil en 2008, est le fondateur et le dirigeant du mouvement jusqu’à sa mort. Il rêvait d’une Turquie socialiste débarrassée des américains. Pour le DHKP-C la Turquie est dominée par les économie et les gouvernements occidentaux. Karatas est lui-même arrêté après le coup d’Etat militaire de 1980 et s’évade en 1990, il est recherché par Interpol, à partir de cette date la lutte armée s’intensifie et tout ce qui est relatif à l’Etat devient une cible partout. Ses actions armées ont marqué la Turquie, ils sont par exemple responsables de l’assassinat du ministre Gün Sazak (1980), du général Temel Cingöz (1991) ou de Kemal Kayacan (1992), commandant en chef des Forces navales turques à la retraite.

Vers le milieu des années 2000 et après la mort de leur dirigeant D. Karatas l’organisation semblait avoir arrêté la lutte armée mais depuis 2012 ils reviennent sur le devant de la scène en attaquant et en tuant des policiers, le 11 septembre 2012 Ibrahim Cuhadar commet notamment un attentat-suicide dans un commissariat d’Istanbul, un policier trouve la mort et 7 autres sont blessés, cet acte a été fait en représailles du meurtre de Selim Hasan Gönen, le dirigeant de la branche armée tué par la police un peu plus tôt, les auteurs viendraient du commissariat en question. Le 1er février 2013 le militant nommé Ecevit Sanli se sacrifie en tant que kamikaze dans l’ambassade des Etats-Unis à Ankara, tuant avec lui un agent de sécurité et en blessant une journaliste, qui a perdu un œil. Le DHKP-C s’est excusé de cette bavure et a proposé de payer les frais médicaux, en effet le DHKP-C ne prend jamais pour cible des populations civiles au contraire des mouvements islamistes et ne manque pas de s’excuser lors d’éventuelles victimes collatérales. Au total on dénombre 650 militants du DHKP-C morts au combat contre à peine quelques dizaines d’agents du régime tués.

L’Etat a répondu au début 2013 en lançant une série de grands raids, appuyés d’hélicoptères et de chars, durant lesquelles on a découvert les plans « de déstabilisation » du DHKP-C visant à assassiner 22 personnalités de haut-plan, dont deux anciens présidents. Mais ces raids n’ont pas pu arrêter cet élan, en mars 2013 le siège de l’AKP et le ministère de la Justice sont attaqués. Les contestations de Gezi démarrées en été 2013 ont permis de légitimer la lutte du DHKP-C. En septembre de la même année c’est l’équivalent du ministère de l’Intérieur qui est attaqué au lance-roquette et l’un des rebelles meurt au cours des altercations avec la police.

Classé comme terroriste par l’Etat turc, les Etats-Unis, l’Union Européenne, le Canada et le Royaume-Uni, depuis 2014 le gouvernement américain offre 3 millions de dollars pour toute information qui conduirait à la capture des dirigeants de l’organisation clandestine.

Ils s’opposent totalement à l’influence croissante de l’OTAN sur la Turquie. A ce titre ils sont proches du régime syrien et ses militants armés s’entraînent en Syrie dans les zones contrôlées par l’armée loyaliste.

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Les lois antiterroristes sont particulièrement dures en Turquie et sont également utilisés pour incarcérer de simples manifestants, la simple accusation d’être membres du DHKP-C ou d’une quelconque organisation considérée comme terroriste peut suffire.

En 2015 le mouvement ne montre pas de signes d’affaiblissement malgré les arrestations. Le 1er janvier 2015 un militant du DHKP-C lance deux grenades sur les policiers en poste devant le très symbolique palais de Dolmabahçe, où se trouve les bureaux du Premier ministre, mais les grenades (artisanales) n’ont pas explosé. Beaucoup d’attentats ont échoué comme ici du fait d’armes artisanales défectueuses. Le 6 janvier une femme commet un attentat-suicide dans un commissariat dans le quartier touristique de Sultanahmet en tuant un policier, on a d’abord cru qu’il s’agissait d’une militante recherchée du DHKP-C, qui a lui-même revendiqué l’attentat, mais on a découvert qu’il s’agissait en fait d’une islamiste d’origine tchétchène. Le 30 janvier 2015 une femme a mitraillé la police sur la place Taksim, en tirant sur leurs véhicules alors que les policiers s’étaient couchés et, dernier en date, le 7 février des rebelles ont attaqué à l’arme automatique un siège local de l’AKP et le poste de police qui se trouvait à côté, il n’y eut aucun mort dans les deux attentats. Sans surprise, c’est le DHKP-C qui a revendiqué et a évoqué la répression contre les manifestations pacifiques et a appelé la police à arrêter de torturer leurs camarades en garde à vue : « Prenez peur, nous reviendrons ».

Le DHKP-C est tout de même aujourd’hui affaibli du fait d’un grand nombre de ses membres en prison ou en exil.

Le DHKP-C recrute surtout parmi les milieux alévis, cette minorité religieuse persécutée et est bien implanté dans certains quartiers d’Istanbul comme Okmeydani et Sultangazi, des quartiers populaires avec une forte composante alévie. Dans ces quartiers les rebelles mènent la lutte contre la drogue et la prostitution, et un révolutionnaire, Hasan Ferit Gedik, a laissé sa vie lors d’affrontements avec les trafiquants de drogue en septembre 2013 dans le quartier de Maltepe. Il y a souvent des affrontements avec la police qui provoquent parfois des morts.

Le but du DHKP-C est de capter l’opposition au président Erdogan. Il axe son discours sur la critique de l’AKP et le caractère oppresseur et criminel de l’Etat turc, faisant souvent référence à Berkin Elvan, jeune de 14 ans mortellement blessé par la police lors des grandes manifestations d’été 2013 originaire d’Okmeydani, l’un des nombreux enfants tués par la police ou l’armée depuis l’arrivée de l’AKP.

En même temps si les négociations de paix avec le PKK, entamée depuis fin 2012, réussissent les militants kurdes les plus radicaux qui refusent la paix avec l’Etat turc pourraient basculer vers le DHKP-C et celui-ci remplacerait le PKK en tant que principale menace pour l’Etat turc. Les deux défendent une idéologie communiste et ont parfois déjà collaboré ensemble, en revanche le DHKP-C s’oppose au nationalisme kurde et souhaite l’unification des peuples turc et kurde pour combattre leurs ennemis communs : les Etats-Unis.

Mise à jour : 26/02/2015

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Turquie : En 12 ans l’AKP a tué 241 enfants

 

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Un dirigeant et un député du CHP (Parti républicain du peuple, principal parti d’opposition dans le Parlement) ont organisé une conférence de presse sur les enfants assassinés.

« Entre le moment où le jeune de 12 ans Uğur Kaymaz a été tué devant chez lui en 2004 et le moment des manifestations de Gezi où Berkin Elvan, 14 ans, a été tué en allant chercher du pain il n’y a eu aucun changement dans la politique de chasse à l’enfant de l’AKP » disent les conférenciers.

Plus en détails les chiffres des meurtres d’enfants sont les suivants : en 2006 18 enfants ont été tués, 3 en 2007, 1 en 2008, 12 en 2009, 14 en 2010 et 31 en 2011. En 2011 lors du massacre de Roboski 34 personnes avaient été tués, dont 22 enfants. Ils sont 10 en 2012, 1 en 2013 et 3 en 2014. Et rien qu’en janvier 2015 lors des « troubles » dans la ville de Cizre 6 personnes ont été tués, dont 4 enfants. Au total, les conférenciers comptent 241 enfants qui ont été tués par la police durant le règne de l’AKP.

Cette dénonciation venant du CHP est étonnante car non seulement ils sont les premiers à s’indigner lorsque les révolutionnaires attaquent la police pour se venger mais en plus ils ont eux-mêmes participé à des massacres, notamment celui de Maras en décembre 1978 où des centaines de kurdes, alévis, communistes, dont de nombreux enfants, ont péri.

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B8N4PioIgAAJe1OLe jeune Seyfettin de 12 ans qui a été blessé hier par une capsule de gaz lacrymogène dans la ville de Siirt. Lorsque les enfants ne meurent pas ils sont persécutés, d’une manière ou d’une autre

Source : http://www.imctv.com.tr/2015/01/23/65264/11-yilda-devlet-tarafindan-241-cocuk-olduruldu

 

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[Souvenirs] Tsipras : « Je ne suis pas dangereux »

Article paru le 26 janvier 2013 par Bill Van Auken pour la World Socialist Web Site.

Avec l’aggravation de la crise grecque, le chef du parti d’opposition SYRIZA (Coalition de la gauche radicale) est venu aux Etats-Unis cette semaine pour des réunions à huis-clos avec les représentants du ministère des Affaires étrangères et du FMI, ainsi que pour une série d’apparitions en public.

Pendant que le gouvernement grec du Premier ministre Antonis Samaras utilisait des méthodes dignes d’un Etat policier pour briser une grève des travailleurs du métro, Tsipras s’est servi de son voyage pour dire aux représentants américains et à ceux du FMI qu’ils n’auraient rien à craindre s’il arrivait au pouvoir.

Les derniers sondages indiquent que SYRIZA et Nouvelle démocratie, le principal parti du gouvernement de coalition entre conservateurs et socio-démocrates, sont pratiquement au coude-à-coude. Avec 27% des voix aux dernières élections, SYRIZA représente le principal parti d’opposition, et avec une colère populaire qui monte contre les mesures d’austérité sans fin et le chômage de masse, il est tout à fait possible qu’il arrive premier aux prochaines élections.

Tsipras a consacré sa tournée américaine à rassurer la classe dirigeante américaine sur le fait que si cela se produisait, elle pourrait compter sur lui et SYRIZA pour servir de pilier de la stabilité du capitalisme, qu’il œuvrera à supprimer les élans révolutionnaires de la classe ouvrière grecque.

« J’espère vous avoir convaincu que je ne suis pas aussi dangereux que certains le croient, » a obligeamment déclaré Tsipras devant l’assistance rassemblée par le groupe de réflexion Brookings Institute de Washington.

Mercredi, Tsipras a participé à des négociations au ministère des Affaires étrangères avec l’adjoint du ministre des Affaires étrangères Eric Rubin, responsable des questions liées à la Grèce, la Turquie, Chypre et le Caucase, ainsi qu’avec Christopher Smart, l’adjoint du ministre des Finances pour l’Europe et l’Eurasie.

Jeudi, le chef de SYRIZA a rendu visite au siège du Fonds monétaire international, y rencontrant son numéro deux, David Lipton, le premier directeur adjoint de l’agence.

Après la réunion de Tsipras au FMI, l’agence a publié un bref communiqué qui reconnaît que Lipton et le dirigeant de SYRIZA « ont eu une discussion constructive et sincère sur les défis économiques auxquels la Grèce est confrontée. »

Le ministère des Affaires étrangères n’a toujours pas publié de communiqué sur sa réunion avec Tsipras.

Pour sa part, SYRIZA affirme que, bien qu’il y ait « des accords et des désaccords, » la réunion au ministère des Affaires étrangères a révélé une « évaluation commune » sur le fait que la poursuite de l’austérité n’était pas la réponse à la crise économique grecque. Il a été dit que Tsipras avait assuré aux représentants américains qu’il croyait que la Grèce avait un « rôle important » à jouer pour assurer la stabilité internationale et qu’elle mènerait une politique internationale s’appuyant sur « la durée et la cohérence. » Dans d’autres remarques, Tsipras a défendu le maintien de la Grèce dans l’OTAN.

Tsipras a pris la parole devant plusieurs auditoires aux Etats-Unis. Son discours le plus important, prononcé mardi à Washington à l’institut Brookings, s’adressait clairement à la classe dirigeante américaine. (La transcription intégrale en anglais est disponible ici).

« Y a-t-il une raison valable pour que quelqu’un craigne la gauche en Grèce aujourd’hui ? » a demandé Tsipras à son auditoire au milieu de ses remarques de mardi. « J’ai entendu la personne qui s’exprimait avant moi dire que je représente la gauche radicale [c’est la traduction du nom de son parti, NDR]… Mais en quoi sommes nous réellement radicaux ? Les alarmistes vous diront que notre parti va arriver au pouvoir, déchirer nos accords avec l’Union européenne et le FMI, faire sortir notre pays de la zone euro, rompre tous les liens de la Grèce avec l’occident cultivé – civilisé, puis transformer la Grèce en une nouvelle Corée du Nord. »

Il a assuré à ses auditeurs que le « but [de SYRIZA] est de sauver le pays et de maintenir le pays dans la zone euro. »

Sa principale proposition, à laquelle il a fait référence à plusieurs reprises dans ses remarques, est, pour reprendre ses termes, une « coupe » pour les créanciers publics de la Grèce, principalement la Banque centrale européenne (BCE) et les pays de la zone euro, similaire à l’annulation partielle de la dette imposée aux banques et aux prêteurs privés en octobre 2011 qui a réduit de moitié les intérêts attendus des emprunts grecs.

Les remarques de Tsipras montrent clairement que SYRIZA n’a aucune intention de répudier la dette grecque ou de déchirer l’accord sur les mesures d’austérités passé entre Athènes et ce que l’on appelle la troïka (Commission européenne, FMI, et BCE), ils veulent simplement en renégocier les termes.

Tsipras s’est vu demander par un des membres du public pourquoi le peuple grec devrait s’attendre à quelque chose de différent de la part de SYRIZA par rapport à ce que fait le Premier ministre Samaras « qui était initialement opposé à l’accord et qui maintenant le soutient. »

« Nous nous sommes accoutumés au fait de voir des politiciens qui disent une chose… avant d’être élu et une chose différente une fois au pouvoir, » a-t-il répondu, « comme vous le voyez, nous ne disons que des choses auxquelles nous croyons et que nous allons essayer d’appliquer. Nous ne disons rien de complètement fou. »

En fait, SYRIZA a obtenu 27% des voix l’an dernier en s’appuyant sur sa promesse d’inverser toutes les précédentes coupes du gouvernement Grec et de revenir sur l’accord. Comme l’ont démontré les commentaires de Tsipras à Athènes, ce parti n’a aucune intention de faire quoi que ce soit de ce genre. La rhétorique anti-coupes ne vise simplement qu’à détourner la colère des travailleurs grecs vers des voies sans danger pour le capital.

Au sein de la classe dirigeante à Washington, il y a eu des déclarations d’approbation pour la performance de Tsipras aux Etats-Unis, laquelle a été accueillie comme un virage à droite supplémentaire de la part de SYRIZA.

« Ce voyage montre l’évolution continue de son profil politique, de plus en plus socio-démocrate, » a déclaré Domenico Lombardi, un partenaire influent du Brookings Institute et ancien représentant de l’Italie au Conseil d’administration du FMI, au Wall Street Journal. Lombardi, toujours d’après le Journal, a dit que la tournée américaine de Tsipras « souligne le passage de SYRIZA à une position plus équilibrée, politiquement mature, qui pourrait rassembler plus de soutien en Grève et est plus acceptable vue de l’étranger. »

Un article affiché sur le site Web de l’institut Brookings déclare également : « Dans un pays où les gauchistes ont historiquement été incendiaires, prompts à la violence, et agressivement anti-américains, M. Tsipras se révèle chaleureux, courtois, pragmatique et pressé d’entendre le point de vue américain. […] Il a parlé chaleureusement des appels à la justice sociale lancés par le président Obama lors de son discours d’investiture. »

Effectivement, dans son discours de mardi, il a loué la politique du gouvernement Obama et du conseil de d’administration de la Banque fédérale américaine, tout en donnant une image édulcorée de la situation sociale aux Etats-Unis.

« L’une des choses que je remarque ces deux derniers jours que j’ai passé aux Etats-Unis […] c’est que l’Amérique est un pays qui ne se trouve pas dans un état de dépression comme l’est la Grèce, » a-t-il dit. « Je n’ai vu aucun commerce fermé. Je n’as vu aucun visage triste. Je n’ai vu aucun signe de désespoir nulle part. L’Amérique a échappé à la misère après 2008. »

Dans son intervention à l’Université Columbia de la ville de New York jeudi soir, Tsipras n’a présenté qu’un visage légèrement plus « à gauche », tentant de gagner le soutien de son public en insistant sur la montée des forces fascistes en Grèce, organisées au sein du parti d’ultra-droite Aube dorée (Chryssi Avghi).

Il a appelé son auditoire à se joindre à SYRIZA dans sa tentative « d’ériger un pare-feu de démocratie contre le fascisme et le néonazisme. »

La réalité politique est que le double langage des éléments de la pseudo-gauche comme SYRIZA, qui dénoncent l’austérité dans leurs discours tout en soutenant la stabilité capitaliste et l’Union européenne en pratique, alimente la croissance d’Aube dorée, permettant aux fascistes de se présenter comme l’opposant combatif de l’UE, des banquiers et du monde politique dont SYRIZA fait partie.

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