Fascisme, guerres et impérialisme : la fin des méthodes « démocratiques »

Hier, au bonheur de la grande messe médiatique bourgeoise, la vie politique française s’est retrouvée dans un tumulte comme on en avait pas connu depuis bien longtemps au sommet de l’Etat. Après seulement cinq mois d’activité, le gouvernement de M. Valls a vacillé. Nous l’avons vu, dès 2012, quand le président François Hollande a démarré son mandat, il a fixé son cap : l’application de la politique européenne dictée par les intérêts de l’impérialisme allemand et de l’impérialisme français, à savoir :
– suppression de l’Etat-providence social par la réduction des déficits et réformes de compétitivité,
– soutien à l’impérialisme allemand en Europe de l’est et mise en place d’une Europe réduite avec un euro fort, d’où seraient exclus les maillons faibles,
– mise en place du grand marché transatlantique visant à concurrencer le marché intérieur chinois.

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Qu’en est-il de l’application de ce programme ? Les réformes sociales de destruction de l’Etat-providence ont bien plus progressé en 2 ans et demie sous l’ère Hollande que sous l’ère Sarkozy toute entière, et pour cause, on était habitué avec M. Sarkozy à de grands fracas médiatiques pour chaque réforme, la moindre petite réformette jetant des millions de gens dans la rue (réforme des retraites par exemple). Cette stratégie adoptée par le gouvernement de l’UMP n’a pas donné ses fruits, elle était et est toujours bien trop directe et risquée. Les élites de l’impérialisme français ne voulaient pas risquer une explosion sociale à chaque milliard d’euro retiré du budget de l’Etat.

2Manifestation contre la réforme des retraites, 2010

M. Hollande semblait bien plus compétent pour cette tâche, et bien plus consciencieux. Contrairement à ce que laisse penser le bruit médiatique, M. Hollande n’a rien d’un benêt, d’un « mou » ou d’un incapable qui ne fait rien, bien au contraire ! Ce n’est pas moins de 50 milliards d’euro qu’il a presque réussi à retirer du budget de l’état bourgeois, et cela en moins de 3 ans. Il a donc fait mieux que ses prédécesseurs, sur tous les plans, y compris la politique étrangère où M. Hollande a soutenu avec zèle la politique de guerre de l’impérialisme américain et de l’euro-fascisme allemand en Europe de l’est lors des crises syriennes et ukrainiennes, et a même pris les devants en Afrique en opérant militairement dans plusieurs pays, soit disant pour combattre des terroristes religieux.

Mais pour appliquer sa politique, le président a besoin premièrement d’un gouvernement qui lui est fidèle, et deuxièmement d’une assemblée qui lui est obéissante, en effet les réformes économiques ne peuvent pas être passées par décret dans le système de la cinquième république. La conséquence est que sans majorité à l’assemblée, la politique économique du gouvernement ne peut pas être appliquée. Depuis 2012, le gouvernement était composé de toutes les tendances du PS et de ses alliés (finalement partis il y a 5 mois), de façon à éviter une fronde et à avancer sur le plan législatif. Mais l’événement d’hier marque un tournant majeur, en renvoyant les ministres frondeurs de son gouvernement, M. Valls risque de se mettre à dos les 40 députés frondeurs de l’assemblée, réduisant à néant sa majorité de « gauche » et empêchant le gouvernement de mettre en place la moindre réforme. Plusieurs solutions s’offrent encore au gouvernement PS :
– menacer les frondeurs et les faire rentrer dans le rang (mais cela semble être voué à l’échec, d’autant plus qu’ils n’ont plus rien à perdre vu le désastre électoral qui va finir tôt ou tard par leur tomber dessus directement).
– s’allier avec les autres partis qui souhaitent appliquer sa politique : l’UDI, le Modem et l’UMP, formant ainsi une majorité ouvertement UMPS, brisant les dernières chances de réélection pour l’UMP comme pour le PS.
– une dissolution de l’assemblée nationale, qui à ce jour profiterait exclusivement au FN, et ce n’est pas pour rien que le FN réclame une dissolution.
– changer de politique, mais il est peu probable que le président change son cap, comme il l’a lui-même répété plusieurs fois, sans compter le fait qu’il n’en a pas la capacité vu ses contraintes.

FRANCE-ASSEMBLY-QUESTIONSLes frondeurs du PS

Que nous montre donc cette situation ? Le gouvernement est au pied du mur et ne semble plus capable d’appliquer sa politique par des méthodes « démocratiques », ni sur le plan intérieur, ni sur le plan extérieur. Certes d’autres partis peuvent encore mener cette politique, mais la tendance montre clairement qu’appliquer les réformes en cours ne sera presque plus possible par la voie purement « démocratique ».

Rappelons ce que disait le camarade Staline à propos du fascisme en 1934 :

« Il faut regarder la victoire du fascisme en Allemagne, non seulement comme un signe de faiblesse de la classe ouvrière et le résultat des trahisons perpétrées contre celle-ci par la social-démocratie qui a frayé la route au fascisme. Il faut la considérer également comme un signe de faiblesse de la bourgeoisie, comme un signe montrant que cette dernière n’est plus en état d’exercer son pouvoir au moyen des anciennes méthodes de parlementarisme et de démocratie bourgeoise, ce qui l’oblige à recourir, dans sa politique intérieure, aux méthodes de domination par la terreur, comme un signe prouvant qu’elle n’a plus, la force de trouver une issue à la situation actuelle sur la base d’une politique extérieure de paix, ce qui l’oblige à recourir à la politique de guerre. »

4Marine Le Pen : fasciste ?

Quels groupes fascistes seraient en France, susceptibles de mener la politique actuelle par des moyens de terreur ? Examinons déjà le cas du Front National. Certes ce parti comporte des éléments fascistes notoires, mais si on s’arrête sur son programme, il n’est pas totalement compatible avec la ligne de l’impérialisme français allié de l’Allemagne, bien plus, il représente les intérêt d’une moyenne bourgeoisie en danger qui cherche des solutions alternatives à la mondialisation et à l’Europe telle qu’elles se présentent actuellement. Fini donc l’Union Européenne. En revanche sur l’aspect économique, le FN propose pas moins de 70 milliards de coupes budgétaires potentielles [1], ce qui pourrait convenir à l’impérialisme français, si celui-ci décidait de trahir l’Europe et de se tourner vers une solution sociale-chauvine-libérale où l’économie se restructurerait contre l’Allemagne et où l’impérialisme français se retrouverait dans l’obligation de s’allier avec l’impérialisme chinois pour sauver ses intérêts en Afrique (menacés par la Chine elle-même) plutôt que de compter sur l’OTAN qui montre des signes de faiblesse. Mais un tel renversement resterait dans les clous de la « démocratie » bourgeoise, puisqu’elle se ferait avec le consentement de la population, dupée une fois de plus par un parti politique comme un autre. Par conséquent l’élite impérialiste française a au moins un remplaçant potentiel pour « l’UMPS » et pourra peut-être encore quelques années diriger de manière « démocratique » les réformes qu’elle juge nécessaire pour perpétuer sa domination.

En revanche, si l’impérialisme français restait fidèle à l’Europe, alors il en serait tout autrement, car à part « l’UMPS » et ses alliés, aucun parti politique ne mènera à nouveau la politique de M. Hollande. Celui-ci comptant d’ailleurs sur la percée du FN pour s’assurer une victoire au deuxième tour contre M. Le Pen en 2017. Si tel était le cas, il y a fort à parier qu’il ne tiendrait pas cinq années de plus et que face à la menace d’explosion sociale et de blocage parlementaire, la bourgeoisie en vienne à des méthodes terroristes et violentes pour appliquer sa politique économique, et par conséquent, il est probable qu’elle soit déjà en train de préparer la suite en formant des groupes fascistes susceptibles d’effectuer un tel coup de force. On peut penser que la menace islamiste pourra être au moment voulu, instrumentalisée de manière féroce pour imposer un PATRIOT ACT à la française, combinant les forces de répressions de l’état et des groupes paramilitaires déjà existants pour faire basculer la France dans le fascisme. On le voit déjà, l’Etat bourgeois qui a généré en nombre les militants terroristes religieux, tente pour l’instant de les endiguer et les retient pour le moment où il en aura besoin.

5Fascistes grecs

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7Terroristes neonazis ukrainiens

Enfin, comme nous l’avons vu en Ukraine cette année, la classe dirigeante fait maintenant directement appel aux fascistes pour prendre en main le pouvoir. L’événement de la révolution de Maïdan n’est pas à prendre à la légère. C’est le signe qu’après l’indépendance de l’Ukraine au moment de l’effondrement de l’URSS, qu’après tous les efforts faits pour faire entrer l’Ukraine dans sa zone d’influence à l’instar de la Pologne et des pays baltes, l’impérialisme allemand appuyé par l’OTAN, qui a échoué à plusieurs reprises au moment des révolutions « oranges » et autres coups fomentés par la CIA, applique désormais des méthodes terroristes pour assurer sa domination. L’interdiction du parti communiste en Ukraine n’est pas sans rappeler l’événement similaire qui a eu lieu en Allemagne après l’arrivée au pouvoir du parti nazi, ou en 1939 en France. Aujourd’hui, le tout se fait dans un contexte de repartage violent du monde qui a commencé depuis quelques années et où les Etats-Unis d’Amérique et leurs alliés voient leur suprématie économique péricliter face à la Chine et à ses alliés. Et ce repartage avance d’autant plus vite que la Chine, craignant un effondrement de ses marchés extérieurs (nous) construit son marché intérieur en investissant davantage dans un système social et en signant des contrats de centaines de milliards de dollar avec son allié russe [2], en plus de la formation du bloc BRICS [3] confirmé ce mois-ci. La possibilité d’une guerre inter-impérialiste peut être exclue pour des raisons évidentes telles que la faiblesse des armées européennes et la délocalisation des industries de production servant à assembler les pièces des armes, en revanche une guerre civile a déjà éclaté en Europe, la guerre a commencé, et tout indique que dans les conditions actuelles, toutes les évolutions possibles vont tendre à aggraver ce conflit, à l’étendre au-delà de son point d’origine, puis accélérer la décomposition des régimes « démocratiques » bien incapables d’avancer plus loin dans leur réformes sans marcher en terrain miné.

8Bismarck exige un repartage du monde

Mais il faut souligner un point important, sans lequel la compréhension du fascisme en Europe ne peut pas être totalement saisie. L’impérialisme allemand diffère des autres impérialismes (français, anglais, et même russe) sur un point crucial, l’Allemagne est un petit pays (géographiquement) avec une zone d’influence réduite (du fait de la proximité avec les autres puissances impérialistes d’Europe). L’Allemagne bourgeoise a toujours eu plusieurs décennies de retard sur la France et l’Angleterre, comme le faisait remarquer Marx lorsqu’il parlait de l’histoire de la bourgeoisie dans le monde. De ce fait, l’Allemagne a toujours eu aussi un immense retard sur le développement de ses marchés extérieurs (colonies), surtout par rapport à l’Angleterre qui s’est dotée très tôt d’un immense empire (Commnwealth) et de la France qui s’est aussi très vite appropriée l’Afrique. Cela s’est notamment fait ressentir lorsque Bismarck convoquait à la conférence de Berlin tous ses rivaux impérialistes déjà bien en avance sur lui, pour exiger un repartage du monde et obtenir lui aussi des colonies. L’incapacité de l’Allemagne à s’accaparer des colonies eu deux conséquences : la première guerre mondiale, et l’apparition du concept de pangermanisme, « d’espace vital nécessaire à l’est » repris plus tard par les nazis. Cette conjoncture explique pourquoi actuellement les exportations de capitaux allemands se trouvent toujours en Europe de l’est et sont donc mécaniquement en rivalité avec l’impérialisme russe sur sa propre zone d’influence. Et de ce fait, on comprend pourquoi l’Union Européenne loin de favoriser la paix entre les peuples est, depuis sa création, le principal facteur de guerre à l’intérieur même de l’Europe et à ses frontières. Et cette politique agressive de l’Allemagne à l’est n’est possible qu’avec le soutien zélé de l’impérialisme français et des autres puissances du continent européen, et bien évidemment, le soutien tout naturel de l’OTAN dont les intérêts sont similaires à cet endroit du monde. Par conséquent, le point d’entrée du fascisme en Europe ne pouvait être que l’endroit où les contradictions inter-impérialistes et où l’opposition en générale était la plus poussée, à savoir en Ukraine. L’attitude servile de l’impérialisme français à l’égard des Allemands montre une chose, c’est que la bourgeoisie française pense encore pouvoir tenir son statut tel quel dans le monde et qu’elle subit des pressions énormes pour ne pas « changer de camp » et s’inféoder aux impérialismes émergents. Par conséquent, le jour où les états-unis verront leur monnaie de singe et leur économie s’effondrer, ce qui est probablement imminent [4], le choc sera d’autant plus violent pour tous les sous-impérialismes européens qui n’auront d’autre choix que d’appliquer une répression féroce pour se maintenir, substituant les vielles méthodes de domination auxiliaires (abrutissement, drogue, désinformation, spectacle et amusements en tout genre, un peu d’argent pour acheter la paix sociale), par des méthodes policières, terroristes, systématiquement répressives, et ouvertement violentes. On le voit d’ailleurs de plus en plus, l’Etat reprend l’argent et les chaînes dorées accordées à sa petite-bourgeoisie et aux classes populaires, cet argent il l’envoie dans le marché de la sécurité, des caméras, des mercenaires, des prisons, etc… on passe ainsi d’un traitement des troubles et de l’agitation par l’achat de la paix sociale, à une gestion des risques qui punit de manière impitoyable ceux qui se trouvent tout en bas de l’échelle sociale. Le cas le plus emblématique est celui des Etats-Unis qui enferment dans – disons-le clairement – des camps 2,5 millions de personnes, soit l’équivalent de la plus grande population du goulag sous Staline, qui est présenté comme un horrible dictateur par ces mêmes personnes. Voilà comment ils vont régler les problèmes ici aussi à l’avenir.

9Guantanamo : laboratoire des camps de concentrations

Plus que jamais s’impose la nécessité d’une révolution communiste en France, plus que jamais nous sommes dans un tournant historique où l’avenir est incertain. Nous savons que tôt ou tard l’impérialisme français sera lui aussi obligé de recourir au fascisme pour résoudre sa crise et maintenir sa domination malgré l’agitation sociale qu’elle génère. Le fascisme prendra (et prend déjà) des formes diverses dans chaque pays, selon la situation et les besoins de la bourgeoisie. La situation de déclassement d’une grande partie de la petite et moyenne bourgeoisie qui se voient jetées dans le prolétariat leur donne pour l’instant une situation largement favorable, pour l’instant seulement. Lorsque sera venu le temps des désillusions, il sera pourtant trop tard. Nous devons dès maintenant démontrer que seule une révolution communiste pourra résoudre nos problèmes et que les solutions sociales-chauvines ou libérales de toutes sortes qui font miroiter une place confortable au sein la mondialisation, sont des mirages et sont non seulement dangereuses, mais aussi irréalisables, et que tout espoir de revenir à la situation « d’avant » (les « trente glorieuses ») de compromis progressiste social est du pur délire dans la situation actuelle de la France et vu la volonté de ses élites de se sauver coûte que coûte, quitte à sacrifier sa petite-bourgeoisie.

10La ménagère des « 30 glorieuses », symbole de prospérité et de paix sociale

Bien sur nous pourrons toujours nous battre pour la révolution même sous un régime fasciste, mais il est évident que ce sera bien plus difficile. Un tel régime serait toujours confronté d’une manière ou d’une autre aux problèmes économiques classiques du capitalisme, et en aggravant sa domination, il jettera lui-aussi beaucoup de gens dans le prolétariat, préparant inévitablement les conditions de son renversement. Toutefois nous n’en sommes pas encore arrivés là. Nous devons dès maintenant nous préparer à l’éventualité du fascisme et à ses conséquences, dénoncer fermement les agitateurs religieux qui serviront probablement de départ de feu à une guerre inter-ethnique, et enfin mettre en place un vrai parti communiste capable d’être la fraction la plus déterminée du prolétariat et son avant-garde conscient des enjeux de l’avenir et prêt à renverser la bourgeoisie le moment venu, un parti qui assume la nécessité de mettre en place la dictature du prolétariat, c’est à dire le vrai pouvoir du peuple luttant contre ses oppresseurs.

11Rassemblement du KPRF en Russie

Rédigé par Jango, le 26/08/2014

Notes :

[1] : « Economies PROGRESSIVES sur les mauvaises dépenses de budget entre 5 et 70 Milliards € / an (gel budget UE, fraudes sociales, coût de la décentralisation, coût de l’immigration, gains du non sauvetage de l’Euro et des aides aux états de la ZE, etc…) »
http://www.frontnational.com/le-plan-de-desendettement-2013-de-la-france/

[2] : http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/05/21/gaz-mega-accord-entre-la-chine-et-la-russie_4422950_3244.html

[3] : BRICS est un accord Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du sud qui réunit des pays émergents, un futur marché d’environ 3 milliards d’habitants pour l’instant, et qui pourra à l’avenir détenir plus de la moitié du PIB mondial.
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000534-l-emergence-des-brics-focus-sur-l-afrique-du-sud-et-le-bresil/la-montee-en-puissance-du-groupe-des-brics-bresil-russie-inde-chine-afrique-du-sud

[4] : http://www.lesechos.fr/13/01/2014/LesEchos/21603-050-ECH_quand-le-yuan-supplantera-le-dollar.htm

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