La situation des « jeunes », révélateur de l’état général de la société

Comme chacun sait nous sommes en crise, et n’est pas rare d’entendre que les jeunes sont
« les plus touchés par la crise ». En fait nous assistons à un changement radical de société, les derniers arrivés nés dans le courant des années 2000 ne connaîtront que cette fameuse crise pendant encore longtemps. Nous sommes en transition, la génération de ceux qui aujourd’hui ont autour de 20 ans sera la dernière d’une époque révolue, celle qui subit aujourd’hui la transition vers l’ère de la crise à perpétuité. Dans notre contexte de déclin général, c’est la dernière génération qui est en train de subir les dégradations de niveau de vie les plus importantes jamais imposées jusque là. Mais quand commencent réellement les problèmes ? Une fois la période du lycée terminée le plus souvent, car l’entrée dans le monde des études ou du travail est le lot de la majorité. Pour ce qui est des études supérieures, elle est souvent la voie logique. Et même si un grand nombre d’étudiants décroche le baccalauréat sans trop de difficulté, la suite est moins drôle…

Il est dans l’air du temps de dire que « sans diplôme on ne peut pas trouver de travail ». En fait « sans diplôme » on devient un prolétaire. Et c’est que va devenir qu’elle le veuille ou non la majeure partie de la classe « moyenne ». La génération actuelle a vu ses parents entrer facilement dans le monde adulte, vu le bon contexte économique des années 1950-1970. Qui plus est la génération précédente a eu un niveau de nie incomparable, a pu vivre confortablement bien au-dessus de la condition des travailleurs des premiers âges du capitalisme. Beaucoup sont même devenus propriétaires de leur appartement, de leur maison, voire sont carrément devenus petits rentiers. Sans diplôme on pouvait commencer sa vie en travaillant à l’usine, et finir propriétaire de sa maison, de sa voiture, payer des études privées à ses enfants… Et si le prolétariat pauvre n’a jamais disparu, il est toujours resté très largement atomisé et a pu vivre jusque là tant bien que mal, sans être à la rue ou mourir de faim. Mais face au déclassement généralisé, le prolétaire pauvre tombe dans la misère, le prolétaire embourgeoisé, devenu petit propriétaire, a du mal à se maintenir, quant à ses enfants, ils connaîtront pour beaucoup le niveau d’existence des prolétaires pauvres. Et ils perdent ainsi leurs belles illusions sur le mythe de l’ascension sociale, des idéologues libéraux bourgeois tout en réclamant en vain la tenue des belles promesses républicaines et sociales que l’Etat a jusque-là fait croire qu’il pourrait appliquer. La réaction logique est le gauchisme, ramper pour espérer un compromis social dont le capital ne veut plus ; ou bien sa variante chauvine, qui insiste sur la nécessité de se débarrasser d’éléments superflus de la société (les soit-disant « assistés », les
immigrés, ou que sais-je encore).  Insistons sur le fait que dans les années à venir, les courants qui agiteront ces solutions politiques ne peuvent qu’avoir le vent en poupe.

Et dans la tempête, seule la bourgeoisie et la moyenne bourgeoisie arrivent ou bien à profiter de la crise, ou bien s’en protègent grâce à leurs moyens financiers, partent à l’étranger, cachent leur argent dans des comptes loin d’ici et s’échappent doucement, pour laisser nos pays devenir des grands espaces sauvages à ciel ouvert dont ils confient les clés à quelques politiciens, managers ou policiers… De plus en plaçant très tôt ses enfants dans des écoles privées où les bourgeois restent entre eux, ils se gardent les places dans les grandes écoles, les classes préparatoires, système « d’initiés » où généralement on constate que les enfants d’enseignants sont sur-représentés… Quoiqu’en disent les prêcheurs de « l’égalité des chances » et de la morale bourgeoise méritocratique.

Donc la situation est que le système des études supérieures actuelles est une immense machine à trier actuellement surchargée par de très nombreux étudiants superflus, qui coûtent cher à l’Etat. En apparence ils sont de la « classe moyenne », leurs parents roulent en voiture, ils vivent peut-être dans une maison, il leur arrive de partir en vacances. Mais dans les faits, un grand nombre d’entre eux est déjà dans une situation objective de prolétaire : ou bien ils entrent immédiatement sur le marché du travail, auquel cas sans compétences, les emplois disponibles sont assez mal payés, sous forme de CDD de quelques semaines à enchaîner ; ou bien ils continuent dans les études supérieures
où tout est fait pour épurer les bancs de l’école d’un maximum de monde. Bien souvent, même les secteurs qu’on pourrait croire protégés restent malgré tout instables. Et bon nombre de filières ne débouchent pas sur du travail. De plus l’Etat cherchant désespérément des économies à faire favorise l’instauration de stages, de formations en alternances, etc. qui permettent d’économiser du temps d’enseignement et fournissent aux entreprises une main d’œuvre assez qualifiée, parfois même motivée, et pour généralement la moitié du SMIC (si le salaire est versé…) ; stages auxquels est soumise l’obtention du diplôme bien évidemment. Et pour les étudiants les plus pauvres, ce ne sont pas les heures interminables de transports, ou les prix élevés des logements universitaires ni les emplois du temps spécialement mal conçus qui améliorent la situation. Ni le versement aléatoire des bourses, dont les critères d’accès sont d’ailleurs de plus en plus bas, au point que même un étudiant qui vivrait dans la rue n’y aura bientôt même plus droit… Sans oublier le système absurde et injuste de justification d’absences qui maintient une pression permanente sur les élèves et qui les oblige à aller voir un médecin pour un simple rhume. Si l’Etat veut faire des économies dans les caisses de la sécurité sociale, qu’il commence par là ! On remarquera aussi l’attitude « exemplaire » des enseignants qui bien souvent participent avec zèle aux politiques de tri décidées par l’Etat en poussant vers la sortie les étudiants jugés trop mauvais ou pas à leur place : soit explicitement, soit en les laissant pour compte comme c’est souvent le cas dans le système universitaire classique où on constate des taux d’échec ahurissants dans les premières années d’études (environ 56% d’échec pour l’année 2011-2012 sur l’ensemble des universités [1]). Il faut aussi évoquer le cas des étudiants-travailleurs, qui à mon avis réunissent toutes les contradictions possibles du système sur eux. Il paraît évident qu’ils vivent à la croisée de deux mondes : celui du rêve de l’ascension sociale par les études, et celui du salariat et de la misère qui probablement les attend aussi de l’autre côté. Et il est d’ailleurs certain que soutenir de tels rythme entre travail et études, en plus d’être intenable, conduit presque inévitablement à l’échec des études. Bien sur la destruction progressive de toute perspective pour ces jeunes est le résultat de politiques longuement réfléchies et actuellement mises en place
pas à pas. Et voici par exemple ce que préconisent les sbires de l’OCDE dans un de leur rapports destiné aux managers politiciens :

« Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. » [2]

Et si ce genre de directive est trouvable publiquement (seulement maintenant), imaginez alors ce qui se passe dans la tête de nos dirigeants et ce qu’ils nous préparent. Il n’y a bien évidemment rien à attendre d’eux, ni des partis de « gauche » ou même « d’extrême gauche » qui ne sont là que pour nous duper et nous maintenir dans un état végétatif entre chaque élection.

Bref, dans ce système méthodique de tri impitoyable, seuls la classe bourgeoise, consciente des enjeux de ce système, et qui a ses pions bien placés dedans, sait où aller, comment faire pour se maintenir, elle connaît les raccourcis dans ce dédale où sombrent des vagues d’étudiants. L’étudiant « classe moyenne » lui rejoint la condition du prolétaire, mais en même temps beaucoup rêvent encore à une autre condition, et sont prêts à beaucoup d’efforts pour encore rester dans le paradis bourgeois de la société de consommation et ses nombreux plaisirs. Encore beaucoup, chez les prolétaires pauvres ou embourgeoisés, croient au mythe de l’ascension sociale, ils rêvent d’une école d’ingénieur, d’une école de commerce, d’allers aux États-Unis, en Angleterre ou au Canada pour faire leurs études, de gagner vite beaucoup d’argent à la sortie de leur école ; certains sont même prêts à s’endetter pour atteindre leur objectif d’embourgeoisement. Et même s’ils sont de moins en moins nombreux, ils représentent encore une trace résiduelle idéologique qui freine notre progression et il convient de mettre à nu les hypocrisies et les mensonges de ces idéologies, de montrer leur imposture.

Mais pour le reste, des centaines de milliers d’étudiants quittent chaque année l’université sans diplôme. Où vont donc toute ces hordes cachées dans l’ombre qui disparaissent brutalement des statistiques de l’Etat ? Ils s’en vont rejoindre les rangs du nouveau prolétariat sans aucun doute.

Tout l’enjeu de la période à venir, c’est de bien comprendre que le prolétariat est une classe qui chaque jour recrute dans toutes les autres classes actuellement en décomposition. La structure de l’état actuelle accompagne vigoureusement ce déclassement et fait pression socialement de tout son poids pour écraser la nouvelle génération et la faire plier, pour qu’elle accepte son statut d’esclave salarié, avec le sourire si possible ! Le système des études supérieures tombe en ruine, et en même temps qu’y a-t-il à sauver dans ce système pompeux et au service de l’ordre bourgeois ? La destruction de ces structures ne fait qu’accélérer la montée en puissance d’un nouveau prolétariat, force qui à l’avenir, si nous savons la structurer, sera sans aucun doute révolutionnaire. Et tandis que les réformistes et chauvins font encore miroiter une autre situation à cette jeunesse, seule une révolution pourrait permettre d’instaurer une véritable société juste débarrassée de ces chaînes qui chaque jour pèsent sur beaucoup d’entre nous. Rester dans l’isolement, c’est ce que voudrait pour nous le système. Alors rassemblons-nous, créons des liens, mettons en commun notre culture, nos idées, nos potentiels, bref notre force. Nous qui tentons de lutter au jour le jour, nous ne sommes pas seuls. Tout cela n’est pas une fatalité. Et bientôt nous verrons surgir une force impressionnante de l’abîme actuel et nous écraserons tous les cafards qui prêchent la soumission, nous balaierons ce vieux monde pourri qui s’écroule et ferons naître de ces décombres la révolution communiste.

Rédigé par Jango, 06/11/2014

[1] : 43,6% de réussite ; 29,0% de redoublement ; 27,2% de sortie
http://etudiant.aujourdhui.fr/etudiant/info/etudes-a-l-universite-44-de-reussite-en-premiere-annee.html
[2] : Cahier de politique économique n° 13 de l’OCDE, Faisabilité de la politique d’ajustement, p. 30
http://www.oecd.org/fr/dev/1919068.pdf

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2 commentaires pour La situation des « jeunes », révélateur de l’état général de la société

  1. Dufour dit :

    Peut-on avoir le lien sur les préconisation de l’OCDE ? merci

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