Les « millions de morts » du stalinisme : de l’intox !

L’article qui suit a été rédigé par Ludo Martens dans le n° 39 de Solidaire (octobre 1993), le journal du Parti du Travail de Belgique.

Martens se contente de commenter un article de Nicolas Werth écrit sur la base des archives soviétiques et publié en septembre 1993 dans la revue spécialisée L’Histoire intitulé : « Goulags : les vrais chiffres » dans lequel il dévoile que les chiffres autrefois admis par les « historiens » dominants à propos des victimes des goulags sont tout simplement faux.

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Là où cet article est doublement intéressant c’est que l’auteur, Nicolas Werth, deviendra peu après, au nom de la propagande anticommuniste, collaborateur du Livre noir du communisme dans lequel Courtois affirme que Staline a tué 20 millions de personnes en URSS, Werth a finalement préféré faire passer l’idéologie au-dessus de la vérité historique, mais les faits sont là.

« Robert Conquest est une grande autorité dans les milieux académiques occidentaux qui s’occupent de l’histoire de l’Union soviétique. Armé de toute la science de la statistique et de l’extrapolation, Conquest a fait de savants calculs sur les « crimes » du stalinisme. Les résultats de ces calculs, vous les avez lus des dizaines de fois dans vos journaux.

Mais avec l’éclatement de l’URSS, les statistiques véritables sont révélées. Dans le n° 169 de L’Histoire (septembre 1993, p 38-51), Nicolas Werth les publie sous le titre « Goulag, les vrais chiffres » (sauf mention contraire, tous les chiffres de cet article proviennent de cette source). Coup de tonnerre : les chiffres de Conquest sont faux, archi-faux. Tout le matraquage sur les millions de victimes du stalinisme n’est qu’une calomnie grossière !
Conquest a compté 5 millions d’internés dans le Goulag, début 1934. Il y ajoute 7 millions de personnes arrêtées pendant les purges de 1937-38, cela fait douze millions. Il en déduit « un million d’exécutés et 2 millions de morts de causes diverses » pendant ces deux années. Cela fait exactement 9 millions de détenus politiques en 1939 « sans compter les droits communs ». Ayant « chiffré » l’ampleur de la « répression stalinienne », Conquest se met à compter les cadavres. Il prétend qu’entre 1939 et 1953, il y eut une mortalité annuelle moyenne « d’environ 10 % ». Pourtant, pendant toutes ces années, le nombre de détenus est resté à peu près stable à 8 millions. Cela veut donc dire que pendant ces années, 12 millions de personnes ont été « assassinées » dans le Goulag.
Les frères Medvedev. qui sont bien connus pour être des « communistes » de la tendance Khrouchtchev-Gorbatchev, ont confirmé, pour l’essentiel, ces chiffres révélateurs : « II y avait, du vivant de Staline, douze à treize millions de personnes dans les camps ». Sous Khrouchtchev, qui fit « renaître les espoirs de démocratisation », les choses allaient bien sûr beaucoup mieux : dans le Goulag, il n’y avait plus que « 2 millions de criminels de droit commun ». (Roy et Jaurès Medvedev, Khrouchtchev, éditions Maspero, 1977, p. 180) Jusqu’ici, pas de problèmes, tout baigne dans l’huile pour nos anticommunistes. On les croit sur parole.

La publication des statistiques du Goulag

Puis l’URSS a éclaté et les disciples de Conquest ont pu s’emparer des archives soviétiques. En 1990, les historiens soviétiques Zemskov et Dougin ont publié les statistiques inédites du Goulag. Elles contiennent les arrivées et les départs, consignés jusqu’au dernier homme. Conséquence inattendue : ces livres de comptes ont permis d’arracher le masque scientifique de Conquest et de condamner ses allégations comme des mensonges motivés par des considérations politiques.

En 1934, Conquest a compté 5 millions d’internés politiques. En fait, ils étaient entre 127.000 et 170.000. Le nombre exact de tous les détenus dans les camps de travail, politiques et droits communs confondus, était de 510.307. Sur l’ensemble des détenus, il n’y avait qu’entre 25 et 33 % de politiques.

  • Aux 150.000 détenus politiques de 1934, Conquest en a rajouté 4.850.000. Un détail.

En moyenne annuelle, Conquest a vu 8 millions de détenus dans les camps. Et Medvedev 12 à 13 millions. En réalité, le nombre de détenus politiques a oscillé entre un minimum de 127.000 en 1934 et un maximum de 500.000 pendant les deux années de guerre 1941 et 1942. Les chiffres réels ont donc été multipliés par 16 à 26.

  • Là où se trouvaient en moyenne 272.000 détenus politiques, Conquest en a « inventé » 7.728.000 en plus !

Erreur statistique marginale, bien sûr. Puisque dans nos livres d’école, dans nos journaux, nous ne trouvons pas le chiffre réel de 272.000, mais la calomnie des 8.000.000 ! Conquest, l’escroc, prétend qu’en 1937-38 les camps ont été gonflés de 7 millions de « politiques », et qu’il y eut 2 millions de morts. En fait, de 1936 à 1939, le nombre de détenus dans les camps a augmenté de 477.789 personnes (de 839.406 à 1.317.195). Un facteur de falsification de 14. Les décès se chiffraient en 1937-1938 à 115.922 et non pas à 2.000.000.

  • Là où 116.000 personnes sont décédées en 37-38 pour diverses causes, Conquest rajoute 1.884.000 « victimes du stalinisme ».

L’idéologue de Gorbatchev, Medvedev, a noté 12 à 13 millions de gens dans les camps « staliniens » ; sous le libéral Khrouchtchev, heureusement, il n’en restait que 2 millions : tous des droits communs. Quelle fut la réalité ? Sous Staline, le plus grand nombre de détenus du Goulag a été enregistré en 1951. Il y avait alors 1.948.158 droits communs… juste autant que sous Khrouchtchev ! Le nombre réel des détenus politiques étaient alors de 579.878. La plupart de ces « politiques » étaient des individus qui avaient collaborés avec les nazis : ceux condamnés pour trahison étaient 334.538.

49.000 décès
deviennent 855.000
« victimes du stalinisme »

Selon Conquest, entre 1939 et 1953, il y eut, dans les camps de travail, 10 % de décès par an, au total 12 millions. Une moyenne de 855.000 morts par an. Le chiffre réel, en temps ordinaire, était de 49.000. Conquest a « rêvé » un surplus de 806.000 morts par an. Pendant les quatre années de la guerre, quand la barbarie nazie a provoqué des conditions insupportables pour tous les Soviétiques, la moyenne des décès était de 194.000. Ainsi, en quatre ans, les nazis causèrent un surplus de 580.000 décédés, mis sur le dos de Staline…
Werth, qui dénonce les falsifications de Conquest, s’efforce quand même de maintenir autant que possible le mythe des « crimes » staliniens. « En quatorze ans (1934-1947) 1 millions de morts furent enregistrées dans les seuls camps de travail. » Ainsi, Werth aussi met les 580.000 morts supplémentaires, dus aux nazis, sur le compte du socialisme !
Dans les chiffres fantaisistes sur les « crimes de Staline », s’exprime exclusivement la haine du socialisme. Tous les défenseurs du système inhumain et barbare qu’est l’impérialisme, ont inventé des « crimes » staliniens pour exciter les gens à la haine du socialisme. Hitler a été un des premiers à « chiffrer » ses crimes. En 1926 déjà, dans Mein Kampf, il « compte » 30 millions de victimes du « judéo-bolchevisme » ! (Hitler, Mijn Kamp, Edition Ridderhof, 1982, p.400). C’était avant les collectivisations et l’épuration. Brzezinski, l’ancien conseiller de la Sécurité de Carter, parle lui aussi de « pas moins de 20 millions et peut-être même de 40 millions de victimes de Staline ». Sa source : Conquest ! (Brzezinski, The Grand Failure, Charles Scribner’s Son, New York, 1989, p.27) Pour maintenir son système criminel, barbare et inhumain, l’impérialisme sera toujours obligé de répandre mensonges et calomnies sur les communistes et sur le socialisme. »

Source : http://editions-proletariennes.fr/Dochml/presse/articles/solidaire/dates/1993/solidaire39p19/sol39p19.htm

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5 commentaires pour Les « millions de morts » du stalinisme : de l’intox !

  1. Lemmerdeur dit :

    Cela s’appel du révisionnisme voir même du négationnisme!!!!
    Faites la même chose avec l’holocauste et vous verrez que c’est punis par la loi (loi Fabius/Gayssot)!!!! Qu’il y en ait 1 ou 6 000 000, l’horreur est la même!!!! La guerre des chiffres c’est facile surtout que je voudrai bien vous y voir dans un Goulag!!!!!

    • Il faudrait plutôt le dire à Nicolas Werth ou à Ludo Martens, pas à moi. Sinon comme vous dîtes « l’horreur est la même » mais ceux qui aiment bien jouer sur les chiffres ce n’est pas nous, ce sont bien les anticommunistes (Soljenitsyne, Conquest, Courtois…).

      • Lemmerdeur dit :

        Mon commentaire s’adressait évidement aux auteurs de cet article (j’aurai du le préciser). Le passé est le passé, cessons de vivre en regardant constamment derrière nous et apprenons à vivre tous ensemble dans le présent et surtout à ne pas reproduire ces horreurs, comme en Libye, Syrie, Mali, Kosovo, Gaza, Cisjordanie et j’en passe et des meilleurs…..
        Peace & Love !!!!!!!!!

    • Skevin dit :

      Le négationnisme est l’objet de la loi Gayssot, dont on peut d’ailleurs interroger la légitimité et l’opportunité. Le révisionnisme fait partie du devoir de tout historien et consiste à rechercher les éléments nouveaux qui doivent être intégrer dans les analyses historiques anciennes. En l’occurence, les chiffres qui sont cités ici, font actuellement la quasi unanimité des historiens alors que les chiffres de Conquest ont été gonflés d’un facteur important. Mais pourquoi s’en étonner puisque Conquest travaillait sur commande pour les services de propagande du MI6 comme cela a été généralement reconnu? Cela dit on peut s’accorder sur le coté insensé de la « guerre des chiffre », mais derrière celle-ci s’en cache une autre: cela permet, de masquer derrière des chiffres erronés les « plus petits massacres » comme ceux qui ont été commis en Corée du Sud ou au Vietnam du Sud voire, pour un immense massacre en Indonésie, le tout sous direction américaine. Et évidemment ça continue aujourd’hui en Irak, Lybie…..

  2. À Ludo dit :

    Un bonne façon de nier l’existence des classes sociales, M. Lemmerdeur, et de la lutte extrêment féroce qui a cours actuellement à l’intérieur de l’impérialisme mondial. Nier le passé, fais le jeu de la bourgeoisie impérialiste. Je vous suggère de lire les commentaires époustouflants de George Freedman au Chicago Club.

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