Socialisme et écologie

Lors de la conférence de Rio en 1992 la sonnette d’alarme des émissions de CO2 (manifesté notamment par le dérèglement climatique) a été sonné, plus de deux décennies plus tard toujours rien de sérieux n’a changé allant dans le sens inverse. Les accords internationaux sur l’environnement échouent, en 1997 le premier protocole de Kyoto a été rejeté par la totalité des membres du Sénat des Etats-Unis, en 2005 la raison pour laquelle les Etats-Unis, aux côtés des autres grands pays pollueurs (Chine, Inde…), avaient refusé de signer le protocole de Kyoto était, selon les mots de Bush : « je ne laisserai personne détruire l’économie », sans parler de ceux qui ont quitté le pacte en cours de route, en 2009 la conférence de Copenhague sur le climat a été également un échec retentissant. Ce n’est pas un hasard. Livré à lui-même le capitalisme empêche une prise en considération globale et sérieuse de l’environnement, les entrepreneurs étant indépendants, rivaux et motivés par le profit maximum et immédiat, quant à l’Etat qui est chargé de défendre leurs intérêts l’une des seules choses qu’il peut faire est de créer un ridicule marché du droit à polluer, à créer des taxes et de légères réglementations, en évitant bien sûr à trop entraver la « compétitivité » et les profits, à ce propos des fuites récentes récupérées par BBC révèlent que l’UE pourraient supprimer des lois sur la pollution de l’air et la gestion des déchets au nom de la compétitivité et de la réduction du déficit public [1] ! Seule une propriété pan-nationale des moyens de production et une planification d’ensemble sans le culte du profit peuvent fournir une réponse optimale au contraire de la propriété privée. Mais évitons les préjugés, les capitalistes n’ont aucune envie d’endommager la planète, comme le résume Robert Bibeau : « Aucun capitaliste ne détruit l’environnement ni ne surexploite les ressources de la biosphère pour le plaisir sadique de détruire et de déplaire, ni ne pollue l’atmosphère pour satisfaire un penchant pervers. Ce capitaliste sait mieux que quiconque que la destruction de la biosphère entraînera un jour des coûts exorbitants qui se répercuteront sur les profits de sa compagnie (éloignement des zones d’exploitation, fermetures d’usines, déperdition de la ressource, coût d’extraction prohibitif), mais aucun capitaliste ne peut s’y attarder pour le moment puisque son concurrent est à l’affut – tout comme son banquier-créancier, et ses actionnaires stipendiés qui faute de rentabilité élevée auront tôt fait de retirer leur investissement et de déplacer leurs capitaux vers des concurrents plus performants. Et si le Conseil d’administration de cette multinationale ne se résout pas à cette surexploitation, le taux de profit affiché par leur entreprise s’affaissera inexorablement jusqu’à ce qu’une multinationale chinoise, indienne ou brésilienne s’empare du marché et assure la surexploitation de la biosphère de la Terre toute entière ». [2]

D’une grande lucidité, encore une fois, Marx et Engels avaient prévu ce qui allait arriver sur le plan écologique. Un économiste français écrivait dès la fin de la Seconde guerre mondiale : « Les exemples sont innombrables du gaspillage irrémédiable des richesses naturelles auquel s’est livré le capitalisme, d’immenses étendues fertiles, et qui auraient pu le rester indéfiniment, transformées aujourd’hui plus ou moins en désert, notamment aux Etats-Unis, par des cultures appauvrissantes, des cultures « extractives », de régions forestières ravagées, sans effort complémentaire de reboisement, etc. Comme l’écrivait Engels : « Les planteurs espagnols à Cuba qui brûlèrent les forêts sur les pentes et trouvèrent dans la cendre suffisamment d’engrais pour faire pousser, pendant une génération, des caféiers hautement rentables — en quoi se souciaient-ils qu’ensuite les pluies tropicales emporteraient les terres fertiles désormais sans protection, ne laissant subsister que la roche nue ? Dans le mode de production actuel, ce qui est pris en considération, aussi bien par rapport à la nature que par rapport à la société, ce n’est que le résultat immédiatement palpable… » » [3]. Engels met ici en avant la relation d’antagonisme entre le capitalisme et la protection de l’environnement, que le principe de profit individuel et immédiat n’est pas viable d’un point de vue écologique. C’est également ce que constatait Denis Clerc, pourtant satisfait du régime actuel : « Il s’agit de tendances lourdes liées à notre façon de produire, qui privilégie l’efficacité à court terme plutôt que l’efficacité à long terme, la productivité micro-économique plutôt que la productivité globale. Le système capitaliste amplifie ces tendances dans la mesure où le propre de ce système est d’ignorer les conséquences sociales d’une décision économique individuelle (ménages ou entreprises) : le constructeur d’automobiles n’a pas à se soucier des conséquences collectives entraînées par l’usage des automobiles qu’il vend, pas davantage que le propriétaire d’un libre-service de jouets des tentations qu’il provoque chez l’enfant [ce passage a disparu des nouvelles éditions du livre cité]. » [4] Dans la suite immédiate Clerc nous expliquait que ce n’est pas le merveilleux capitalisme qui créait ces tendances et que l’économie soviétique n’a pas fait mieux niveau pollution. C’est vrai, mais à l’époque l’écologie n’était pas un enjeu important et il fallait que les pays de l’Est qui partaient de très loin rattrapent le plus rapidement possible les pays occidentaux, bien qu’ils étaient déjà en avance sur certains points. Mais indéniablement, les capacités écologiques d’une économie planifiée sont infiniment plus grandes qu’une économie capitaliste.

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Le socialisme élimine les productions inutiles et existant uniquement en vue de perspectives de profits et de débouchés (notamment tout ce qui touche à la consommation parasitaire des riches), notamment les voitures au profit de transports collectifs très développés, plus économes et responsables ; en France les transports sont les premiers émetteurs de CO2 et les deuxièmes consommateurs d’énergie finale, il est donc évident qu’il faille agir efficacement dans ce secteur, sans parler du fait que les transports collectifs favorisent le contact social contre l’individualisme des transports privés. Le recyclage, jugé pas assez rentable selon les critères du marché, sera également largement développé et ses techniques toujours rapidement améliorés, c’est d’ailleurs une pratique dont les pays de l’Est avaient l’habitude, par exemple en RDA dans les années 1980 la plupart des déchets plastiques étaient recyclés, aujourd’hui en Europe le taux est d’à peine 20% et de véritables « îles de déchets » se forment dans les océans, l’économie socialiste tendra vers une économie la plus circulaire possible et l’Etat mettra activement en oeuvre des politiques de recherches de nouvelles ressources et de renouvellement du capital naturel, par exemple en URSS le Grand plan pour la transformation de la nature lancé en 1948, abandonné par les révisionnistes, prévoyait l’afforestation de 6 millions d’hectares dans le sud du pays, c’est l’équivalent de la déforestation mondiale chaque année de nos jours… En éradiquant aussi l’obsolescence programmée des produits de consommation la nouvelle société favorisera l’économie des ressources quotidiennement gaspillées sous le capitalisme, elle fera également attention aux ressources utilisées, les plus abondantes et les plus recyclables, par exemple l’aluminium et le verre sont des ressources recyclables à 100% et à l’infini, elles seront donc encouragés pour la production des biens de consommation. Les capitalistes agissent en fonction du caractère bon marché des ressources et de l’énergie sans prendre en compte l’impact environnemental. Avec la chute actuelle des cours de pétrole les analystes attendent un coup d’arrêt de la transition écologique (déjà lente), pourtant nécessaire, si on continue dans cette voie en 2100 la température mondiale sera à un niveau difficilement supportable, voir invivable, pour l’être humain. C’est dire à quel point l’économie de marché dépend de fluctuations momentanées interprétées par des individus n’ayant pour autre but que le profit personnel…

La société socialiste investira massivement dans les ressources renouvelables pour la production d’énergie (solaire, éolien, biomasse…), celles-ci, surtout le solaire, commencent d’ailleurs enfin à se rentabiliser de nos jours. Mais en 2012 les Etats du G20 subventionnaient toujours à hauteur de 775 milliards de dollars la production et l’utilisation des énergies fossiles, contre seulement 101 pour les énergies renouvelables [5]…  Dans le domaine des énergies renouvelables une attention plus particulière sera porté à la fusion nucléaire, qui ne sera probablement pas rentable financièrement ce qui est source de relâchement et de frein aux recherches ; les entreprises ne soutiennent pas et les Etats oligarchiques n’investissent sans doute pas à la hauteur des enjeux, un Etat socialiste n’aurait pas ce problème. Rappelons que la fusion nucléaire a une capacité de production beaucoup plus grande que l’actuelle fission nucléaire dévastatrice pour des externalités négatives quasiment nulles, que les soviétiques aient fait les premiers pas dans ce domaine dans les années 1950 jusqu’aux années 1980, de l’invention du système du tokamak à la création de l’ITER, n’est certainement pas un hasard. Dans les années 1930 l’URSS a mis en oeuvre des investissements colossaux pour édifier le plus rapidement possible une puissante industrie lourde sans que cela rapporte de profit, chose évidemment impossible sous le capitalisme… Pour les mêmes raisons, assurer la production future sur une base solide, un gouvernement socialiste mettra en oeuvre tous les investissements nécessaires sur le court terme pour assurer la transition définitive vers les énergies vertes et la protection de l’environnement. Le véritable développement durable est le socialisme, à ce sujet voir ce dossier d’Etudes marxistes (du Parti du Travail de Belgique) de 2000 sur « Ecologie et marxisme ».

Notes : 

[1] : Express.be, Oubliez l’écologie, l’UE veut désormais privilégier la croissance, 15/12/2014
[2] : Robert Bibeau, Pour un développement économique écologique, 22/09/2014
[3] : Charles Bettelheim, Problèmes théoriques et pratiques de la planification, édition PUF, 1951, p. 283
[4] : Denis Clerc, Déchiffrer l’économie, édition de 1994, p. 417
[5] : Libération, Les énergies fossiles dopées à l’argent public, 11/11/2014

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