Turquie/Istanbul : résistance contre l’islamisation de la société

Ces derniers jours des émeutes ont éclaté dans le quartier de Gazi à Istanbul contre la mise sur pied d’un lycée Imam-Hatip (établissement religieux ou l’on forme les imams qui ont fleuri depuis l’arrivée de l’AKP en 2002). « On ne veut pas d’imams mais des écoles » réclamaient t-ils.

Tout a commencé le 13 janvier lorsque la police et leurs fameux véhicules TOMA et Akrep ont démoli un stand installé par des militants du DHKP-C (Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple), ils ont recommencé quelques jours plus tard lorsque les militants avaient reconstitués le stand, c’était une provocation pour tout le peuple. Des militants ont ensuite appelé tout le quartier à se lever et des hommes armés en masques rouges sont apparus, comme à Okmeydani en mai 2014, ce sont des militants du DHKC qui portent l’espoir d’un peuple. Des barricades ont été improvisées (avec divers matériaux mais aussi avec des camions qui bloquaient les routes) et la police a été attaqué à coups de pierres et les TOMA/Akrep ont été victimes de cocktails Molotov et de tirs d’armes à feu, après de longs heurts la police a finalement fui le quartier la nuit du 19. Entre temps la police s’en était pris à un salon de thé où il y avait une réunion politique et à deux magasins, tout en lançant du gaz lacrymogène. Aujourd’hui dans l’après-midi un nouveau stand a été constitué mais des TOMA/Akrep continuent d’attendre devant le « lycée ».

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B7emT1cCIAAJ9iSLa police a attaqué un cemevi (lieu de culte des alévis) alors qu’il y avait des funérailles

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Alain Soral, cet escroc

Article de la sociologue Danielle Bleitrach sur Alain Soral (09/07/2013), passé d’une jeunesse bourgeoise à la sous-traitance de la propagande du FN.

Commencer la journée avec cet imbécile est de mauvaise augure, mais que l’on se rassure, il ne nous occupera pas plus qu’il ne le mérite, le temps de remettre les pendules à l’heure sur l’insigne médiocrité de ce fils de notaire qui parait comme dans la chanson de Brel toujours en train de chanter d’une voix avinée « les bourgeois c’est tous des cochons »… Pour mieux rallier leur camp, celui de l’ordre sans imagination et de minables provocations…

Alain Soral s’est illustré, dans une vidéo postée le 6 juillet 2013, en commentant l’assassinat de Clément Méric, qu’il qualifie de « dérisoire », de « grotesque », de « fait divers d’ados » (sic), et en insultant Clément sans retenue, se moquant par exemple de son physique… Pire, au nom de la défense de la « minorité opprimée » que seraient les naziskins, il prétend avoir envoyé de l’argent à Esteban Morillo, le meurtrier de notre camarade. Une provocation de plus de la part de l’un des éléments les plus médiatisés de l’extrême droite française, et l’occasion pour nous de revenir sur ce clown triste : un rappel de quelques vérités semblent nécessaires, en particulier ses fréquentations passées et présentes dans à peu près tout ce que l’extrême droite compte de tordus en tout genre.

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En quelques années, Alain Soral est parvenu à être dans un premier temps sympathisant du FN, dans un second temps militant voire intellectuel autoproclamé du FN (il faut dire que la concurrence n’était pas vraiment féroce), puis dissident frontiste et finalement leader d’un petit groupuscule oscillant entre le nationalisme républicain et une sorte de « nationalisme révolutionnaire » New-age (les références politiques en moins), candidat sur une liste antisémite composé de paranoïaques et de marginaux politiques, fondateur/éminence grise d’un pseudo-journal politico-satirique, Flash, et enfin auteur à succès d’opuscules conspirationnistes et antisémites. Girouette mégalomane, affabulateur conspirationniste, bateleur imbécile, Alain Soral a un parcours tout à son image.

Une jeunesse bourgeoise

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Alain Soral à 24 ans

Il y a encore quelques années, de son vrai nom Alain Bonnet de Soral, parlait avec nostalgie des cités ouvrières et du Paris ouvrier dans lesquelles il avait passé son enfance et scandait à qui voulait l’entendre qu’il était fier de s’être hissé socialement grâce à l’école de la République… La réalité est toute autre : Alain Soral est un fils de notaire, scolarisé au collège Stanislas [1] à Paris. S’il vécut un temps à Meudon, il habita de nombreuses années rue de Vaugirard à Paris, l’une des rues les plus chères de la capitale…

Après avoir vécu un temps en province, il revient à Paris en 1976, année à laquelle débute sa période « bourgeois-bohème ». Il évolue alors, avec un certain succès, dans un milieu qu’il dénigre aujourd’hui. Il fréquente à la fois le monde de la nuit et celui des intellectuels parisiens, devient étudiant aux Beaux-Arts et dans les années 1980, embrasse alors la carrière de journaliste et d’écrivain en pigeant dans divers magazines.

En 1990, il découvre les écrits de Michel Clouscard, auteur marxiste critique, inventeur du concept de « libéralisme-libertaire », connu pour son travail sur Mai 68 et ses conséquences sur la société française. Alain Soral s’empare des théories de cet universitaire, sans doute plus par non-conformisme que par réelle adhésion théorique, en ne retenant de la critique de Mai 68 qu’une haine viscérale pour tous les mouvements d’extrême gauche issus de cette période. Il prétend encore aujourd’hui être le vulgarisateur et continuateur des thèses de Clouscard, bien que ce dernier ait publiquement dénoncé la récupération de ses idées par Soral dans le journal l’Humanité du 30 mars 2007 [2], expliquant sommairement que Soral n’avait rien compris à ses écrits. A cette époque, il persiste à fréquenter le milieu parisien de « gauche » du monde des médias, dans lequel il grenouille depuis le début des années 1980, espérant s’y tailler une place d’intellectuel de référence. Pourtant, il révélait à Vénissieux le 2 mars 2007, lors d’une réunion publique avec le FN :

« Dès cette époque [les années 1980] je préfère encore un facho à un gauchiste… ce que je reproche au facho, que je croise en allant draguer l’étudiante en droit du côté de la fac d’Assas, ce n’est pas sa radicalité révolutionnaire, mais le fait que son origine bourgeoise le poussera inéluctablement à rallier l’UDF ou l’UMP une fois son diplôme en poche, comme les Madelin et autres Devedjan. »

Alain au pays des soviets

En 1990, en pleine période de l’écroulement de l’URSS, Soral adhère au PCF. Il explique aujourd’hui les raisons de son engagement en déclarant que, selon lui, il est primordial que deux pôles antagonistes coexistent pour que la France puisse continuer d’avoir sa place dans le concert des nations, et la meilleure façon d’aider la nation, c’est de soutenir l’URSS via le PCF. Curieusement, cette position est ni plus ni moins que celle tenue par Alain de Benoist à l’époque, gourou de la Nouvelle Droite et du GRECE. Un individu que Soral croisera à plusieurs reprises dans son parcours, en particulier à l’Idiot International. Étrangement, personne aujourd’hui au PCF ne se souvient du passage d’Alain Soral. Ce dernier donne bien le nom de la cellule à laquelle il appartenait, « cellule Paul Langevin », mais cette appellation est tellement courante qu’il est impossible à ce jour de retrouver des militants affirmant avoir rencontré Soral. Il y a toutes les chances que Soral ait effectivement pris un jour sa carte au PCF, sans pour autant s’être investi dans un travail local ou avoir vendu l’Huma Dimanche, bien qu’il prétende avoir participé à la campagne contre le traité de Maastricht en 1992.

A la même époque, il participe, aux cotés de Jean-Paul Cruse [3], à la création du « Collectif des travailleurs communistes dans les médias », alias la « Section Ramon Mercader » (du nom de l’assassin de Trotski), dont le logo était deux piolets croisés. Ils publient un bulletin : La lettre écarlate. Malgré les propos de Soral, qui donne beaucoup d’importance à cette aventure [4], tout cela restera ultra confidentiel, c’est à dire connu seulement de Soral, Cruse et de leur petit cercle d’amis. Ce genre d’histoire ne peut que convaincre des individus ne connaissant pas l’univers du PCF et de la CGT. En effet, le PCF n’aurait jamais toléré qu’une cellule ou association portant un nom aussi provocateur puisse exister. Quant à la CGT, elle n’aurait pas permis qu’une telle structure puisse exister en dehors du tout puissant Syndicat du Livre. L’importance donnée aujourd’hui à cet épisode est due en grande partie à la publicité qu’en a fait Alain Soral, mais également Didier Daeninckx lorsque ce dernier présenta le dossier à charges des « rouges-bruns » à Georges Marchais, à l’époque premier secrétaire du PCF.

L’affaire des rouges-bruns

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A la même époque, Soral appartient à la rédaction de l’Idiot International, le journal de Jean-Edern Hallier, haut lieu de convergence de militants et d’intellectuels de tous bords, en rupture ou marginalisés d’avec leur milieu d’origine, la plupart du temps ne représentant qu’eux mêmes. Autour de Marc Cohen, rédacteur en chef du journal et membre du PCF, ancien responsable de l’UNEF-renouveau, on trouve pêle-mêle l’équipe de Jalon [5] (journal satirique dont certains membres avaient flirté avec l’extrême droite comme son directeur Basile de Koch, de son vrai nom Bruno Tellenne, frère de Karl Zéro, tous deux proches du GUD durant leurs études), Alain De Benoist du GRECE et de la revue Éléments, le journaliste Frédéric Taddéï [6], Jean-Paul Cruse. Cette volonté de journal « trans-courant », voulu par Edern-Hallier, passe par une destruction des clivages gauche-droite. Cette alchimie malsaine aboutira à un texte de Jean-Paul Cruse en 1992 « Vers un Front National » dans l’Idiot International, qui propose une alliance entre les communistes, le Front national et les partisans de Chèvenement et Pasqua pour « conduire une politique autoritaire de redressement du pays ». Après avoir longtemps refusé la paternité du texte, Jean-Paul Cruse aujourd’hui la revendique intégralement, après que Soral a laissé pensé qu’il en serait l’un des auteurs. Ce texte provoque une vive émotion à gauche, surtout au sein du PCF, dont certains membres sont impliqués dans l’Idiot International. La réaction du bureau national du SNJ-CGT ne se fait pas attendre en condamnant le texte, rappelant que « ces idées ne sont pas celles de la CGT », qu’elle les combat « même de toutes [ses] forces » [7].

Le PS fait pression sur Edern-Hallier pour virer l’équipe de l’Idiot International, et Marchais fait le ménage dans son parti. Soral quitte le PCF en 1993 (ou en est exclu selon les versions qu’il donne de cet épisode). Cette confusion des genres, née principalement pendant la mobilisation contre la Guerre du Golfe, aura quelques répercussions sur le terrain, essentiellement autour de la personne d’Alain de Benoist. Le 10 janvier 1992, il est invité à s’exprimer sur les ondes d’une station radio du PCF et, quelques jours plus tard, il apparaît dans le carré de tête d’une manifestation anti-guerre, le 12 janvier 1991. Il interviendra le 12 mai 1992 dans un débat organisé par l’Institut de recherches marxistes (dirigé par Francette Lazard) à la Mutualité sur le thème « le réveil de la pensée critique » [8]. Quant à Marc Cohen, il participera à un débat organisé au Musée social à Paris par la revue du GRECE, Éléments, le 19 mai 1992, sur « la recomposition du paysage intellectuel français ».

Coming-out nationaliste

Après cette petite escapade, Soral décide de retourner à son métier d’écrivain, pour lequel il connaît un certain succès, dès 1996, avec « Sociologie d’un dragueur », peaufinant au fil du temps son numéro bien rôdé de macho républicain sur les plateaux de « C’est mon choix » ou de Thierry Ardisson. Bien qu’on lui prête sur cette période (fin 1990 début 2000), une sympathie et un rapprochement avec la mouvance souverainiste de JP Chevènement [9], il semble, une fois de plus, que son engagement tienne plus du mythe, se limitant à une dédicace pour l’ancien ministre de la Défense dans l’un de ses ouvrages. Malgré ce succès médiatique et éditorial, Alain Soral est de nouveau tenté par le démon de la politique. Et cette fois-ci, il met la barre à droite toute ! Pour son retour dans l’arène politique, Soral commence en effet par répondre aux questions d’Éléments [10] en 2004, revue de la Nouvelle Droite où l’on retrouve Alain De Benoist, personnage déjà croisé à l’époque de l’Idiot International. L’année suivante Soral donne une interview au fanzine « national-bolchevik » Rébellion.

Il franchit un cap supplémentaire le 24 juin 2006 en dédicaçant son livre dans la librairie Facta d’Emmanuel Ratier, à Paris. La même année, il est signataire aux côtés de Fabrice Robert, Philippe Vardon et Gilles Soulas d’une pétition demandant la libération du néonazi Michel Lajoye, condamné pour des attentats à l’explosif contre des bars et résidences de travailleurs maghrébins. Il préface l’ouvrage d’Anne Kling [11], La France LICRAtisée, dont les fantasmes sur le lobby juif et la LICRA rejoignent complètement ceux de Soral. Enfin, en août 2006, aux côtés de Marc Robert (FN), Thierry Meyssan (Président du Réseau Voltaire passé aux délires paranoïaques et complotistes), Dieudonné, Ahmed Moualek (La Banlieue s’exprime, pseudo association de banlieue à la gloire du FN) et Frédéric Châtillon (ancien chef du GUD et proche de Marine Le Pen), Alain Soral participe à un voyage au Liban.

FN : je t’aime, moi non plus

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En parallèle, il rejoint les rangs du FN, de façon officieuse, dès 2005 après un dîner pris en commun avec Jean-Marie Le Pen. Il rédige alors au moins l’un des discours du président frontiste, « le discours de Valmy », prononcé le 20 septembre 2006. Ce n’est qu’une fois son engagement au FN rendu publique en novembre 2006, qu’il intègre officiellement le bureau politique du FN. Dans le même temps, il fonde son club de pensée Egalité et Réconciliation, qui aura l’honneur de recevoir lors de sa deuxième université d’été, la visite de Jean-Marie Le Pen. Soral se sent alors pousser des ailes, accompagne Marine Le Pen dans tous ses déplacements, joue les « fiers à bras » face aux journalistes, protégé quand même par le DPS, s’intronise caution de gauche du FN [12]. Jamais avare de phrases chocs, Soral déclare alors à qui veut l’entendre que si « Marx était encore vivant, il voterait Le Pen » ou bien encore, que les vrais communistes et les vrais défenseurs du prolétariat, les vrais révolutionnaires étaient au FN [13].

Si l’intégration de Soral au FN est une réussite médiatique, en interne le monsieur commence sérieusement à agacer [14]. Des cadres du FN, présents depuis des années dans l’appareil, supportent mal l’attitude de Soral, surtout quand ce dernier se permet de revendiquer la tête de liste FN en Ile-de-France pour les européennes dès le mois de juin 2008. Le sociologue va rapidement déchanter à la fin de l’année 2008 quand il apprend que le clan Le Pen lui refuse la tête de liste pour les régionales. Vexé, il refuse alors la seconde place ou une place éligible, et fidèle à son habitude quand il n’obtient pas ce qu’il veut, Soral rejette la faute sur ses anciens camarades et les insulte allègrement. Jean-Marie Le Pen, quelques temps plus tard, se fera un plaisir de souligner certains traits de caractère du personnage : « Alain, ce n’est pas un politique, c’est un romancier. Et puis, il a un fichu caractère. Moi, il ne m’a jamais manqué de respect, mais dès que quelqu’un n’était pas d’accord avec lui, il l’insultait : « juif ! pédé ! ». Ce n’était plus possible. » [15]. Un malheur n’arrivant jamais seul, quelques jours avant l’annonce officielle de son départ du FN, Alain et ses maigres troupes d’E&R se prennent une volée à Paris lors de la manifestation en soutien au peuple palestinien à Paris. Son départ du FN en interne est vécu comme un soulagement, et chacun, même en dehors du FN, en profite pour régler ses compte avec Soral qui annonce, dès lors, son repli sur son club Égalité et Réconciliation.

Egalité & Réconciliation

Fondé officiellement en 2007 avec Marc Georges, Frédéric Chatillon et Gildas Mahé O’China (ancien du GUD également), Égalité et Réconciliation avait alors pour vocation de devenir la boîte à idées pour le Front national, toute entière vouée au culte d’Alain Soral. Cette petite structure tente alors de se créer un espace politique pour ceux qui, en rupture avec leur milieu idéologique, seraient attirés par une « union antisystème » au-delà des clivages gauche-droite. Ce n’est ni plus ni moins qu’une énième version d’un vieux projet des tercéristes, autres « nationalistes-révolutionnaires » français, depuis des décennies en France. Il n’est pas alors étonnant de voir des gens comme Christian Bouchet ou la rédaction de Rébellion se rapprocher d’E&R. Au vu de la forte composante NR ou « Nationaliste-Bolchevique » lors des premiers mois de vie de E&R, il n’est pas surprenant que dans un premier temps Soral ait présenté son association comme l’héritière du Cercle Proudhon [16], inconnu du grand publique, mais au combien mythique chez les NR.

La vraie réussite d’E&R, c’est d’avoir, contrairement aux autres tentatives NR d’« union antisystème », réussit à attirer à eux des individus et des structures étrangères à la galaxie nationaliste, servant de caution de « gauche » au projet E&R (quelques militants de l’ancien Parti des Travailleurs et de la secte politique de Cheminade, Solidarité et Progrès). En y regardant de plus près, on remarque très rapidement que ces alliés sont très marqués par l’antisémitisme et une paranoïa excessive frisant le pathologique. Ce flou artistique autour des idées d’E&R et son marxisme de bazar peut arriver à tromper des militants sincères, peu au fait de l’évolution récente d’une partie de l’extrême droite française, d’autant que dans le même temps, Soral et E&R ont tenté de rentrer en contact avec certains représentants les plus conservateurs de la communauté musulmane, cherchant à peu de frais une caution antiraciste. Serge « Batskin » Ayoub, associé un temps au projet, s’éloigne définitivement de Soral après l’ouverture du « Local », bar associatif, projet à l’origine lié à E&R, mais totalement géré aujourd’hui par l’ancien JNR [17].

Soral reprend alors son bâton de pèlerin et part donner des conférences pour différentes structures nationalistes, dont le groupe Unité Populaire, version suisse d’Egalité et Réconciliation, en 2008, où il expose sa vision du marxisme, pour le moins curieuse, puisqu’il appelle à l’union des employés et des patrons, victimes au même niveau, selon lui, du système capitaliste et appelle de ses vœux à l’union des classes populaires et de la bourgeoisie nationale ! Plus fort il désire dépasser le concept de lutte des classes pour restaurer les « solidarités nationales ».

Veste ou quenelle ? [18]

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Privé de tête de liste pour les Européennes, Soral se tourne alors vers son « ami Dieudonné [19] » qu’il avait largement brocardé quelques années auparavant et délaissé depuis l’officialisation de son appartenance au FN. Ils se retrouvent alors autour du Parti Anti-Sioniste (PAS) de Yahia Gouasmi pour monter la Liste Anti-Sioniste en Ile-de-France, sur laquelle Soral, bien que porte-parole de la liste, se retrouve à la 5ème place, en position inéligible. Cette liste, totalement financée et encadrée par le PAS, ne dépassera les 0,5%. Le résultat est, semble t-il, rude pour la petite bande, certains pensant alors atteindre allègrement les 10%. Même si Soral et Marc George déclarèrent plus tard dans la lettre interne des militants/sympathisants deE&R que du haut de leur grand expérience, ils savaient qu’ils ne dépasseraient pas les 1%, lors de la soirée de fin de campagne de la Liste (où l’on peut apercevoir Thomas Werlet avec son petit béret à la recherche d’amis pour étoffer son gang de boneheads), ça plane sévère niveau estimation.

Une fois retombée l’euphorie des résultats pourtant médiocres, les langues ont commencé à se délier concernant l’ambiance au sein de cette liste. Ainsi, Ginette Skandrani de conclure, concernant Soral : l’écrivain n’était « malheureusement pas un militant de terrain… ». Mais c’est sans doute du côté de Thomas Demada, membre d’Egalité et Réconciliation, militant NR, aujourd’hui responsable de la branche européenne du MDI de Kémi Séba, que la sentence est la plus terrible : selon lui, Soral possède « …une intelligence vraie et débridée, mais trop débridée, au point de tourner à la filouterie et l’opportunisme idéologique ! » [20]. Demada passe une deuxième couche concernant le « boxeur [21] Soral (qui) se montre également un excellent gymnaste, spécialiste du grand écart », manière délicate mais réaliste de la part de Demada, de décrire l’inconstance des convictions de Soral, le sieur étant capable de dire et défendre tout et son contraire ! [22] Il est frappant de constater qu’une fois le charme du talent oratoire de Soral dissipé, rapidement les gens s’éloignent de lui, ne supportant plus son narcissisme et son inconstance dans ses idées et ses théories.

On aurait pu penser que Soral aurait cherché à transformer son fan club « Égalité et Réconciliation » en parti, comme il l’avait annoncé durant l’été 2009 : mais, avec l’exclusion au printemps 2010 du secrétaire général de l’association, Marc George, qui défendait cette ligne, E&R devient ce qu’il est encore aujourd’hui : un simple fan-club d’Alain Soral. Lors du bilan de l’Assemblée générale d’E&R des 27 et 28 mars 2010, il est précisé : « suite à une grave crise interne, il a en effet été décidé de revoir les documents précédents en rendant à Alain Soral un contrôle total sur son association » [23].

Aussi, E&R n’est donc plus aujourd’hui qu’une coquille politique vide, destinée à servir de promotion de la « pensée » soralienne et, parfois, aux productions de ses amis. Une activité particulièrement lucrative pour Soral, son ouvrage pompeusement appelé Comprendre l’Empire ayant connu un véritable succès, en particulier dans la vente en ligne (il serait dans les 100 meilleures ventes du site Amazon…). Bien que n’ayant plus qu’une existence politique virtuelle, Soral, de par l’audience de son site, conserve ainsi un potentiel de nuisance non négligeable, que tout antifasciste se doit de prendre en compte, en rappelant à celles et ceux qui se plaisent à l’oublier, d’où il vient, quelles idées il défend réellement et quels sont ses amis d’hier et d’aujourd’hui.

Note : L’essentiel de l’article a précédemment été publié dans le bimestriel No Pasaran n°77, hiver 2009-2010.


[1] Établissement privé catholique sous contrat, du 6ème arrondissement de Paris, lieu de scolarisation privilégié pour les enfants de la haute bourgeoisie parisienne.

[2] Soral n’est plus le seul à l’extrême droite à faire référence à Clouscard. Les « nationaux-bolcheviks » de L’Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne font référence à cet auteur dans le numéro 35 de Rébellion.

[3] Journaliste, ancien militant de la Gauche Prolétarienne, délégué CGT à Libération, Cruse a été traumatisé par ses expériences militantes des années 70, développant dès lors une paranoïa excessive. Il est très hostile aujourd’hui à Soral qu’il accuse d’être manipulé.

[4] Le seul autre membre connu de ce collectif est Simon Liberati, journaliste pendant 20 ans à FHM et « 20 ans ». Il est l’auteur d’un livre Anthologie des apparitions, tellement mauvais qu’il fut réécrit en parti par Alain Soral avant publication en 2004.

[5] Soral pour le lancement de FLASH fera explicitement référence à ce journal.

[6] Aujourd’hui présentateur d’une émission culturel à succès sur France 3, le soir, où Soral et De Benoist sont régulièrement invités. Frédéric Taddéï a également été interviewé en 2008 par le journal d’extrême droite « Le Choc du mois ».

[7] « À propos d’un article publié par l’Idiot international », communiqué du SNJ-CGT du 25 juin 1993.

[8] Le 12 mai 1993, Alain de Benoist, membre entre autres du GRECE, plaide pour l’abandon du clivage droite / gauche pour lui préférer la notion d’un « centre » et de « périphérie », le premier étant constitué par « l’idéologie dominante », la seconde regroupant « tous ceux qui n’acceptent pas cette idéologie ». Cette intervention aurait été des plus banales si elle n’avait eu lieu à la Mutualité dans le cadre d’une conférence dirigée par Francette Lazare, membre du bureau politique du PCF.

[9] Interviewé sur ses différents engagements au PCF, chez les chevènementistes et au Front dans le magazine Technikarten 2008, Soral ne se démonte pas et parle de cohérence concernant ces trois engagements successifs.

[10] Alain Soral, L’intellectuel de gauche qui dérange la gauche,Éléments n°113, été 2004.

[11] Ancienne du groupuscule Alsace D’abord, elle est aujourd’hui membre de la Nouvelle Droite Populaire.

[12] Il se présente alors comme un conseiller technique « en charge des affaires sociales et des banlieues ».

[13] Il est plus que conseillé à Soral de relire, voire tout simplement de lire Marx, et il verra de lui-même que la doctrine communiste, en matière économique et sociale, est peu compatible avec le programme du FN :
- libérer au maximum l’entreprise des contraintes de toute nature qu’elle subit
- libérer le travail et l’entreprise de l’étatisme, du fiscalisme et du réglementarisme
- renégocier la durée hebdomadaire du temps de travail par branches d’activité
- simplifier le Code du travail
- assurer un service minimum dans les services publics

[14] Excédé par les leçons de militantisme distribuées continuellement aux membres du FN par Alain Soral, Steeve Briois, responsable FN sur Hénin-Beaumont, publiera un communiqué de presse assassin en mai 2008 contre le sociologue, après que ce dernier ce soit fendu d’une analyse négative sur la campagne frontiste dans cette ville du Nord. Qualifiant Soral de comique troupier, Briois rappellera l’engagement de Soral pendant la campagne des législatives de Hénin, à savoir la présence une après-midi, entre les deux tours de l’élection, suite à la présence de caméras de télévision.

[16] Éphémère rassemblement au début du XXème siècle de militants de l’Action Français et de syndicalistes révolutionnaires désirant faire la jonction entre le nationalisme et le syndicaliste. Son influence fut très faible à l’époque, bien que certains historien y aient vu une sorte d’idéologie préfasciste, le cercle ne survécut pas à la première guerre mondiale.

[17] La cohabitation entre le public traditionnel du bar de Batskin et les sympathisants d’E&R semble avoir été difficile, les fans de Soral s’étaient à plusieurs reprises fait « secouer » par des boneheads à l’intérieur du bar.

[18] Lors d’une conférence de presse de la liste antisioniste, Dieudonné et Soral promettaient de glisser « une quenelle dans le cul du système et du sionisme ».

[19] Comme l’ont si bien rappelé les auteurs de la synthèse des déclarations contradictoires de Soral « Quand Soral traitait d’inculte son colistier Dieudonné » (http://nantes.indymedia.org/article/17465), Soral n’a pas toujours eu en très haute estime le comique.

[21] « Oui Alain Soral serait boxeur, et même d’un assez bon niveau. Sans tomber dans un virilisme de bas étage, toutes les fois où des gens ont voulu lui porter la contradiction, Soral n’a pas brillé par son courage, s’éclipsant très vite au moindre haussement de ton de ses adversaires, pour ensuite mieux réapparaître, sous l’objectif de ses caméras, en fanfaronnant. La seule victime physique connu à ce jour d’Alain Soral est Frédéric Beigbeder, qui est loin d’être un guerrier rompu aux sports de combat. »

[22] Le meilleur exemple concerne la thématique de la lutte des classes ou Soral est capable de déclarer toujours croire « … à la culture de classe, à la logique de classe et à l’intérêt de classe… » dans le Technikart d’octobre 2008 et la même année en Suisse, lors d’une réunion publique d’Unité Populaire, antenne suisse de E&R d’appeler de ses vœux à « l’union des employés et des patrons, victimes au même niveau selon lui du système capitaliste et à l’union des classes populaires et de la bourgeoisie nationale ! ».

[23] Cité par Michel Briganti, André Déchot et Jean-Paul Gautier dans La Galaxie Dieudonné, Syllepse, 2011.

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Turquie : un enfant de 12 ans assassiné par la police

La terreur policière continue de sévir en Turquie, hier le 14 janvier Nihat Kazanhan, 12 ans, a été tué d’une balle en caoutchouc dans la tête du côté de la police dans la ville de Cizre. Cela s’est produit dans le cadre d’un rassemblement, d’ailleurs pacifique, pour écouter un message d’Abdullah Öcalan, leader du PKK en prison, renouvelant sa position de capitulation et appelant à ne pas céder à la « provocation ». Des milliers de personnes ont assisté à l’enterrement et se sont recueillis devant le lieu du crime en lançant des slogans de type : « Notre camarade Nihat est immortel ! », « Etat assassin ! AKP assassin ! ».

Cela vient confirmer encore une fois le caractère criminel et terrorisant de la police et de l’Etat en Turquie. Dans la même ville, à peine quelques jours avant, un jeune de 14 ans, Ümit Kurt, a été tué par balles par ces mêmes « forces de l’ordre » lors de la répression d’une manifestation kurde, l’adolescent rentrait seulement chez lui.

B7UweiCIYAAZRQ4« Etat assassin »

Source : http://www.alinteri.org/nihat-serhildan-ruhuyla-ugurlandi.html

Voir également : L’AKP a tué 241 enfants en 12 ans

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Face à la situation actuelle, seul un soutien populaire de plusieurs pays comme la France aidera à faire échouer l’intervention fasciste de l’empire américain et permettra au peuple de Nouvelle-Russie d’être souverain et libre.
C’est pourquoi nous revendiquons de la part des gouvernements de l’UE et en particulier du gouvernement français :

  • La reconnaissance des Républiques Populaires de Donetsk et Lougansk, ainsi que de leur droit à s’unir dans le projet d’un état de Nouvelle-Russie (Novorossia).
  • La reconnaissance de leur intégrité territoriale sur l’ensemble des Oblasts de Donetsk et Lougansk.
  • L’évacuation sans préalable et sans conditions de ces territoires par les troupes fascistes de Kiev.
  • La reconnaissance par le gouvernement de Kiev et par l’ensemble des instances internationales.

Voir également ce site de soutien au Donbass fraichement formé.

 

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Davutoglu : « L’Etat islamique n’est pas terroriste »

On a appris que le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a décidé de participer à la marche « républicaine » ce dimanche à Paris, comme bien d’autres chefs d’Etat étrangers.

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C’est l’occasion de rappeler ce qu’il pensait plus réellement de l’islam radical. En effet en août 2014 il expliquait sur NTV, n’arrivant pas à qualifier l’Etat islamique de terroriste : « On pourrait penser que l’EIIL est une formation radicale et terrorisante mais parmi ses membres il y a des turcs, des arabes et des kurdes. Cette formation est née des mécontentements et de la colère passées pour devenir un large front de réaction ».

L’un des pires groupes criminels d’aujourd’hui ne serait pas terroriste, mais en revanche les organisations révolutionnaires turques qui n’ont jamais pris pour cibles des populations civiles comme le DHKP-C ou le TKP/ML sont, quant à eux, de véritables terroristes et traités comme tels. Deux poids deux mesures.

Source : http://www.cumhuriyet.com.tr/haber/turkiye/103123/Davutoglu_ndan_cani_ISiD_i_mesrulastiran_sozler.html

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Voilà pourquoi « je ne suis pas Charlie » !

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Que vise la campagne déferlant actuellement sur la France ?

Elle ne vise aucunement à protester contre les massacres en général ! La preuve :

  • La France a massacré récemment tout un pays – la Libye – sans que cela émeuve quiconque. Mieux, toute la classe politique y a applaudi des 2 mains.
  • La France est à l’initiative de massacres étatiques de masse : en Syrie, en Afrique (après l’avoir fait en Afghanistan, en Irak, contre l’Iran). Qui manifeste contre?
  • La France soutient les massacres étatiques de masse de ses alliés (Israël, EU…): qui proteste dans ce pays? Qui peut penser un seul instant que de tels massacres de masse resteront sans conséquences sur le sol français? Qui déclare la guerre ne s’étonnera pas qu’on la lui fasse !

Première conclusion : l’indignation n’existe pas quand ce pays massacre des milliers d’indigènes mais elle se lève quand quelques Français sont eux-mêmes massacrés (rappelez-vous, bonnes gens, la guerre d’Algérie, et c’était déjà le PS-SFIO au pouvoir !).

La campagne ne vise pas plus à défendre « la liberté d’expression ». La preuve :

  • la France est le seul pays au monde a avoir interdit cet été des manifestations exprimant leur solidarité avec Gaza. Liberté d’expression ?
  • L’expression d’opinions racistes est légalement interdite : Charlie aurait dû, depuis longtemps, être interdit pour ses campagnes racistes. Les gouvernements ne l’ont pas fait : le racisme anti-arabe est étatiquement encouragé en ce pays !
  • Le gouvernement ne cesse de dire qu’il ne saurait tolérer l’expression de la haine. Et pourtant, que fait d’autre Charlie ? Haine, mépris, dérision… Honte à lui!
  • Charlie ne pratiquait pas lui-même la liberté d’expression puisque Val a vidé Siné parce qu’il émettait des opinions anti-sionistes. Charlie est un journal conformiste, du conformisme colonial et raciste qui méprise les anciens peuples colonisés, qui organise subjectivement la haine.

Seconde conclusion: la liberté d’expression est à sens unique (je crache sur les autres mais je ne tolère pas qu’ils crachent sur moi et mes amis). Ce n’est pas un principe. C’est un argument de propagande.

Quel est alors l’enjeu véritable ?

L’enjeu véritable est de transformer un massacre (qui relève d’une sorte de vendetta mafieuse et nullement de terrorisme : le terrorisme est aveugle; ici le massacre était ciblé) en « affaire nationale », en sorte de transformer Charlie en emblème de ce pays.

Libération le rappelle : le deuil national est une affaire rarissime (il s’agit seulement de la 5° fois dans toutes la V° République !).

Ce massacre, par des bandits-truands, de gens par ailleurs méprisables (mais être méprisable ne mérite bien sûr pas d’être tué – qui pourrait nous faire croire que l’enjeu serait aujourd’hui de rappeler ce genre de truisme?), relève plus du fait divers que du deuil national (prenons un exemple: si le Figaro avait insulté l’honneur d’un clan sicilien et que des membres de ce clan étaient venus massacrer la rédaction du Figaro, aurait-on considéré ce massacre comme concernant la France comme telle ?).

Troisième conclusion: le massacre par des truands du personnel de Charlie ne concerne pas le pays comme tel !

L’enjeu est donc : quel emblème pour quel pays ?

Il faut le rappeler : Charlie est un torchon raciste, islamophobe et colonialiste; c’est le « Minute » de la gauche, le « Crapouillot » du XXI° siècle.

Charlie fait campagne permanente, insistante, prolongée pour présenter les Arabes comme les colons de l’Algérie française les présentaient (j’ai connu cela !) : des « bougnoules » enculant les chèvres (« normal : c’est des bicots ! »), aux croyances d’attardés mentaux, aux femmes hideuses pondant leurs œufs comme des poules qui caquettent plutôt qu’elles ne parlent, etc. Et je n’invente rien: allez-y voir vous-même si le cœur vous en dit !

Voilà donc l’emblème de ce pays! Voilà donc à quoi il s’agirait aujourd’hui d’identifier la France!

Cette campagne vise à souder les Français dans la peur de perdre leurs privilèges coloniaux et impérialistes (cela se dit ainsi : « nos valeurs : droits de l’homme et liberté d’expression » puisque toute entreprise coloniale et d’oppression s’avance au nom de « ses valeurs » contre celles des autres) dans un monde plongeant dans le chaos et les guerres, à la mesure de cette concurrence de tous contre tous que prône le capitalisme.

Cette campagne prépare le pire ici et maintenant. Elle configure à grande échelle subjective le bouc émissaire qui est censé rendre compte des « problèmes des Français ».

A minima, je ne serai pas de cette abjection.

Cela ne dépend que de moi de refuser la minute de silence, le défilé pétainiste, les larmes aux yeux et les pleurnicheries sur le droit du Français d’insulter les Arabes, les Noirs, les Musulmans mais aussi les Juifs (finalement, les mêmes, que font-ils d’autre qu’insulter les Juifs quand ils proclament qu’un Juif, par nature et atavisme religieux, serait âpre au colonialisme ?).

  • Non, je ne suis pas « Français » ! Je défends une France (celle de la Révolution française, de 1848, de la Commune de Paris, de la Résistance, de mai 68…) contre une autre France (celle de la Restauration, du Second Empire, de la III° République, de Pétain, de Giscard et Mitterrand…). Et je pourrais aussi bien la défendre en étant Marocain, Malien, Russe ou Palestinien.
  • Non, je ne suis pas « citoyen » ! Définition: « citoyen = qui se considère assujetti à un État ». Je ne suis pas assujetti à l’État français. Cet État n’est pas « mon » État! Je suis un militant politique.
  • Non, je ne suis pas « Républicain » ! Depuis la Commune de Paris, la République en France est d’essence coloniale (c’est le colonialisme qui assure l’existence matérielle et subjective de classes moyennes). Je suis internationaliste.
  • Non, décidément non, je ne suis pas « Charlie »!

François Nicolas

Voir également cet article.

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L’économie planifiée et l’informatique

Certes, la maîtrise de l’économie pour un planificateur, comme la maîtrise de n’importe quelle technique pour un ingénieur, n’est pas une tâche simpliste, mais ceux qui osent se réclamer du socialisme et qui rejettent la planification centralisée ne sont que des défaitistes qui baissent les bras au moindre effort et qui par là sont prêts à accepter n’importe quel compromis avec la bourgeoisie et son idéologie.

L’informatique est devenu un élément central et naturel dans la planification. Elle contribue à montrer toute l’actualité de l’économie planifiée, l’information circulerait de manière instantanée, fluide et symétrique entre les différentes unités de production et l’organe de planification, avec la possibilité de connaître au jour le jour le bon déroulement du plan… sans parler des simulations informatiques et des divers procédures mathématiques nécessaires réalisées à une vitesse inimaginable quelques décennies auparavant.

Dans les années 1990 deux universitaires britanniques, Paul Cockshott et Allin Cottrell, un économiste et un spécialiste en informatique, ont montré mathématiquement la viabilité et la supériorité d’une économie centralisée, notamment dans leur ouvrage commun Towards a new socialism (Nottingham, 1993).

On disait autrefois que le calcul central des valeur-travail de toute une économie serait possible que pour le monde de Robinson Crusoé… Aujourd’hui, nous disent les deux auteurs cités, cela serait tout-à-fait faisable grâce à l’informatique moderne. Dans leur livre cité ils ont calculé que la recherche d’une solution en valeur-travail pour 10 millions de produits avec la solution gaussienne, la méthode classique pour résoudre des équations qui calcule la solution exacte, serait beaucoup trop longue. Mais si on prend compte de l’ « éparpillement » de la matrice (compte tenu de la proportion élevée d’entrées zéro) le problème devient plus maniable, l’on peut simplifier davantage en utilisant les techniques itératives et des approximations successives, la répétition du processus rendra les solutions de plus en plus précises jusqu’à obtenir une précision souhaitée. Avec celle-ci le temps de calcul serait réduite à à peine quelques minutes (avec des super-ordinateurs des années 1990) [1]. Ainsi, « avec les ordinateurs modernes, on peut envisager de calculer une liste de valeurs-travail quotidiennement et de préparer un plan de perspective chaque semaine. C’est en quelque sorte plus rapide que ce qu’une économie de marché peut réaliser » [2].

On utilise la même méthode pour résoudre les équations simultanées que nécessite la coordination de l’ensemble des inputs et des outputs de l’économie selon les objectifs de production et l’écoulement des divers produits. Selon les calculs des deux auteurs en 1993, sur 10 millions de produits, les calculs nécessaires peuvent être faits en un quart d’heure avec un superordinateur ayant une vitesse de 10 milliards d’opérations par seconde [3].

Aujourd’hui les superordinateurs sont encore plus puissants : « Nous nous rapprochons de la simulation du monde réel… La latence des calculs est si faible que, à toutes fins pratiques, il est en temps réel » disait Bijan Davari, vice-président d’IBM pour les systèmes informatiques de la prochaine génération, en 2008 après la mise sur pied d’un nouveau superordinateur capable de procéder à un million de milliards (un billion) de calculs par seconde [4] ! De nos jours la capacité de traitement des ordinateurs double tous les 18 mois. Cela surpasse de manière extrêmement large les capacités techniques de l’époque soviétique. Grâce au système informatique moderne un plan optimal, ou du moins un plan correct et détaillé, peut désormais être réalisé en un rien de temps.

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Les auteurs de Classical econophysics, parmi lesquels Cockshott et Cottrell, ont montré que le coût de communications, la fluidité et la rapidité d’une économie centralisée sont supérieurs à l’économie de marché : « Ici la question de savoir s’il faut centraliser l’information est très pertinente. Il est une propriété fondamentale de l’univers qu’aucune partie de celui-ci ne peut affecter une autre en moins de temps qu’il n’en faut à la lumière pour se propager entre elles. Supposons que l’on avait toutes les informations nécessaires réparties autour d’un réseau d’ordinateurs à travers le pays. Assumons que n’importe lequel pourrait envoyer un message à n’importe quel autre. Supposons que ce réseau soit désormais chargé de simuler les états possibles de l’économie afin de rechercher des optimums. L’évolution d’un état simulé à un autre pourrait procéder aussi rapidement que les ordinateurs pourraient échanger des informations concernant leur propre état actuel. Étant donné que les signaux électroniques entre eux se déplacent à la vitesse de la lumière cela serait beaucoup plus rapide que ce que peut réaliser l’économie réelle. Mais la vitesse de l’évolution sera beaucoup plus rapide si nous mettons tous les ordinateurs en étroite proximité les uns des autres [5] ».

La grande vitesse de conceptualisation d’un plan correct et détaillé fournit une justification supplémentaire à ce que les planificateurs fasse plusieurs plans et qu’ils les soumettent au vote de la population par référendum pour que celle-ci garde un contrôle sur son destin.

Il est vrai que les soviétiques avaient tenté de créer une économie planifiée par ordinateurs à partir du début des années 1960 et qu’ils ont échoué, mais il est facile de l’expliquer ; le manque de moyens techniques consacrés (ils ont reçu leur premier ordinateur en 1967) et ce n’est que vers le milieu des années 1980 que les ordinateurs ne devenaient vraiment aptes à servir la planification.

Le soviétologue Alec Nove pensait qu’une économie planifiée serait impossible du fait d’un trop grand nombre de produits alors que le planificateur ne pourrait pas tous les contrôler précisément, « dans un modèle fondamentalement sans marché le centre doit savoir ce qu’il faut faire » alors qu’il « ne peut pas le faire dans le détail micro ». [6] Alec Nove a raison sur un point ; il y a évidemment beaucoup de produits dans l’économie, dans l’URSS des années 1980 il y en avait une douzaine de millions, mais il faudrait déjà prendre en compte le grand nombre de matières premières et de consommations productives et les différents types de biens d’un seul produit pour arriver à une estimation raisonnable de la question, en réalité un être humain n’achètera sans doute pas plus de quelques milliers de produits différents dans toute sa vie. En bref, cette critique qui date de plusieurs décennies n’a plus cours aujourd’hui ; le centre a effectivement désormais la capacité de disposer, en temps réel, de toutes les informations nécessaires et de coordonner tous les inputs et outputs de l’économie. Pour employer une métaphore, la planification informatique centrale est comme avoir toujours son téléphone décroché pour vérifier si quelqu’un appelle, c’est la scrutation, au lieu d’attendre que le téléphone sonne. Plus les compétences de planification sont centralisées, plus la planification est efficace.

Ceux qui prétendent que la planification centralisée devient impossible lorsqu’une société se développe de plus en plus ne se rendent pas compte que les moyens de planification se développent en parallèle de manière infiniment plus rapide !

Notes :

[1] : Cottrell et Cockshott, Towards a new socialism, 1993, éd. numérique, p. 50
[2] : Economic planning, computers and labor values, 1999, p. 7, disponible ici
[3] : Towards a new socialism, op. cit, p. 78)
[4] : BBC News, Supercomputer sets petaflop pace, 9 juin 2008
[5] : Classical econophysics, 2009, édition Routledge, p. 229-230
[6] : Alec Nove, The soviet economic system, Londres, 1977, p. 86

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Socialisme et écologie

Lors de la conférence de Rio en 1992 la sonnette d’alarme des émissions de CO2 (manifesté notamment par le dérèglement climatique) a été sonné, plus de deux décennies plus tard toujours rien de sérieux n’a changé allant dans le sens inverse. Les accords internationaux sur l’environnement échouent, en 1997 le premier protocole de Kyoto a été rejeté par la totalité des membres du Sénat des Etats-Unis, en 2005 la raison pour laquelle les Etats-Unis, aux côtés des autres grands pays pollueurs (Chine, Inde…), avaient refusé de signer le protocole de Kyoto était, selon les mots de Bush : « je ne laisserai personne détruire l’économie », sans parler de ceux qui ont quitté le pacte en cours de route, en 2009 la conférence de Copenhague sur le climat a été également un échec retentissant. Ce n’est pas un hasard. Livré à lui-même le capitalisme empêche une prise en considération globale et sérieuse de l’environnement, les entrepreneurs étant indépendants, rivaux et motivés par le profit maximum et immédiat, quant à l’Etat qui est chargé de défendre leurs intérêts l’une des seules choses qu’il peut faire est de créer un ridicule marché du droit à polluer, à créer des taxes et de légères réglementations, en évitant bien sûr à trop entraver la « compétitivité » et les profits, à ce propos des fuites récentes récupérées par BBC révèlent que l’UE pourraient supprimer des lois sur la pollution de l’air et la gestion des déchets au nom de la compétitivité et de la réduction du déficit public [1] ! Seule une propriété pan-nationale des moyens de production et une planification d’ensemble sans le culte du profit peuvent fournir une réponse optimale au contraire de la propriété privée. Mais évitons les préjugés, les capitalistes n’ont aucune envie d’endommager la planète, comme le résume Robert Bibeau : « Aucun capitaliste ne détruit l’environnement ni ne surexploite les ressources de la biosphère pour le plaisir sadique de détruire et de déplaire, ni ne pollue l’atmosphère pour satisfaire un penchant pervers. Ce capitaliste sait mieux que quiconque que la destruction de la biosphère entraînera un jour des coûts exorbitants qui se répercuteront sur les profits de sa compagnie (éloignement des zones d’exploitation, fermetures d’usines, déperdition de la ressource, coût d’extraction prohibitif), mais aucun capitaliste ne peut s’y attarder pour le moment puisque son concurrent est à l’affut – tout comme son banquier-créancier, et ses actionnaires stipendiés qui faute de rentabilité élevée auront tôt fait de retirer leur investissement et de déplacer leurs capitaux vers des concurrents plus performants. Et si le Conseil d’administration de cette multinationale ne se résout pas à cette surexploitation, le taux de profit affiché par leur entreprise s’affaissera inexorablement jusqu’à ce qu’une multinationale chinoise, indienne ou brésilienne s’empare du marché et assure la surexploitation de la biosphère de la Terre toute entière ». [2]

D’une grande lucidité, encore une fois, Marx et Engels avaient prévu ce qui allait arriver sur le plan écologique. Un économiste français écrivait dès la fin de la Seconde guerre mondiale : « Les exemples sont innombrables du gaspillage irrémédiable des richesses naturelles auquel s’est livré le capitalisme, d’immenses étendues fertiles, et qui auraient pu le rester indéfiniment, transformées aujourd’hui plus ou moins en désert, notamment aux Etats-Unis, par des cultures appauvrissantes, des cultures « extractives », de régions forestières ravagées, sans effort complémentaire de reboisement, etc. Comme l’écrivait Engels : « Les planteurs espagnols à Cuba qui brûlèrent les forêts sur les pentes et trouvèrent dans la cendre suffisamment d’engrais pour faire pousser, pendant une génération, des caféiers hautement rentables — en quoi se souciaient-ils qu’ensuite les pluies tropicales emporteraient les terres fertiles désormais sans protection, ne laissant subsister que la roche nue ? Dans le mode de production actuel, ce qui est pris en considération, aussi bien par rapport à la nature que par rapport à la société, ce n’est que le résultat immédiatement palpable… » » [3]. Engels met ici en avant la relation d’antagonisme entre le capitalisme et la protection de l’environnement, que le principe de profit individuel et immédiat n’est pas viable d’un point de vue écologique. C’est également ce que constatait Denis Clerc, pourtant satisfait du régime actuel : « Il s’agit de tendances lourdes liées à notre façon de produire, qui privilégie l’efficacité à court terme plutôt que l’efficacité à long terme, la productivité micro-économique plutôt que la productivité globale. Le système capitaliste amplifie ces tendances dans la mesure où le propre de ce système est d’ignorer les conséquences sociales d’une décision économique individuelle (ménages ou entreprises) : le constructeur d’automobiles n’a pas à se soucier des conséquences collectives entraînées par l’usage des automobiles qu’il vend, pas davantage que le propriétaire d’un libre-service de jouets des tentations qu’il provoque chez l’enfant [ce passage a disparu des nouvelles éditions du livre cité]. » [4] Dans la suite immédiate Clerc nous expliquait que ce n’est pas le merveilleux capitalisme qui créait ces tendances et que l’économie soviétique n’a pas fait mieux niveau pollution. C’est vrai, mais à l’époque l’écologie n’était pas un enjeu important et il fallait que les pays de l’Est qui partaient de très loin rattrapent le plus rapidement possible les pays occidentaux, bien qu’ils étaient déjà en avance sur certains points. Mais indéniablement, les capacités écologiques d’une économie planifiée sont infiniment plus grandes qu’une économie capitaliste.

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Le socialisme élimine les productions inutiles et existant uniquement en vue de perspectives de profits et de débouchés (notamment tout ce qui touche à la consommation parasitaire des riches), notamment les voitures au profit de transports collectifs très développés, plus économes et responsables ; en France les transports sont les premiers émetteurs de CO2 et les deuxièmes consommateurs d’énergie finale, il est donc évident qu’il faille agir efficacement dans ce secteur, sans parler du fait que les transports collectifs favorisent le contact social contre l’individualisme des transports privés. Le recyclage, jugé pas assez rentable selon les critères du marché, sera également largement développé et ses techniques toujours rapidement améliorés, c’est d’ailleurs une pratique dont les pays de l’Est avaient l’habitude, par exemple en RDA dans les années 1980 la plupart des déchets plastiques étaient recyclés, aujourd’hui en Europe le taux est d’à peine 20% et de véritables « îles de déchets » se forment dans les océans, l’économie socialiste tendra vers une économie la plus circulaire possible et l’Etat mettra activement en oeuvre des politiques de recherches de nouvelles ressources et de renouvellement du capital naturel, par exemple en URSS le Grand plan pour la transformation de la nature lancé en 1948, abandonné par les révisionnistes, prévoyait l’afforestation de 6 millions d’hectares dans le sud du pays, c’est l’équivalent de la déforestation mondiale chaque année de nos jours… En éradiquant aussi l’obsolescence programmée des produits de consommation la nouvelle société favorisera l’économie des ressources quotidiennement gaspillées sous le capitalisme, elle fera également attention aux ressources utilisées, les plus abondantes et les plus recyclables, par exemple l’aluminium et le verre sont des ressources recyclables à 100% et à l’infini, elles seront donc encouragés pour la production des biens de consommation. Les capitalistes agissent en fonction du caractère bon marché des ressources et de l’énergie sans prendre en compte l’impact environnemental. Avec la chute actuelle des cours de pétrole les analystes attendent un coup d’arrêt de la transition écologique (déjà lente), pourtant nécessaire, si on continue dans cette voie en 2100 la température mondiale sera à un niveau difficilement supportable, voir invivable, pour l’être humain. C’est dire à quel point l’économie de marché dépend de fluctuations momentanées interprétées par des individus n’ayant pour autre but que le profit personnel…

La société socialiste investira massivement dans les ressources renouvelables pour la production d’énergie (solaire, éolien, biomasse…), celles-ci, surtout le solaire, commencent d’ailleurs enfin à se rentabiliser de nos jours. Mais en 2012 les Etats du G20 subventionnaient toujours à hauteur de 775 milliards de dollars la production et l’utilisation des énergies fossiles, contre seulement 101 pour les énergies renouvelables [5]…  Dans le domaine des énergies renouvelables une attention plus particulière sera porté à la fusion nucléaire, qui ne sera probablement pas rentable financièrement ce qui est source de relâchement et de frein aux recherches ; les entreprises ne soutiennent pas et les Etats oligarchiques n’investissent sans doute pas à la hauteur des enjeux, un Etat socialiste n’aurait pas ce problème. Rappelons que la fusion nucléaire a une capacité de production beaucoup plus grande que l’actuelle fission nucléaire dévastatrice pour des externalités négatives quasiment nulles, que les soviétiques aient fait les premiers pas dans ce domaine dans les années 1950 jusqu’aux années 1980, de l’invention du système du tokamak à la création de l’ITER, n’est certainement pas un hasard. Dans les années 1930 l’URSS a mis en oeuvre des investissements colossaux pour édifier le plus rapidement possible une puissante industrie lourde sans que cela rapporte de profit, chose évidemment impossible sous le capitalisme… Pour les mêmes raisons, assurer la production future sur une base solide, un gouvernement socialiste mettra en oeuvre tous les investissements nécessaires sur le court terme pour assurer la transition définitive vers les énergies vertes et la protection de l’environnement. Le véritable développement durable est le socialisme, à ce sujet voir ce dossier d’Etudes marxistes (du Parti du Travail de Belgique) de 2000 sur « Ecologie et marxisme ».

Notes : 

[1] : Express.be, Oubliez l’écologie, l’UE veut désormais privilégier la croissance, 15/12/2014
[2] : Robert Bibeau, Pour un développement économique écologique, 22/09/2014
[3] : Charles Bettelheim, Problèmes théoriques et pratiques de la planification, édition PUF, 1951, p. 283
[4] : Denis Clerc, Déchiffrer l’économie, édition de 1994, p. 417
[5] : Libération, Les énergies fossiles dopées à l’argent public, 11/11/2014

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L’austérité est-elle une fatalité ? Sur la réduction des acquis sociaux en France

Depuis un certain nombre d’années on assiste à la fin progressive de ce qu’on a hérité des « 30 glorieuses ». Les « acquis sociaux » sont de plus en plus perçus comme inutiles et néfastes par l’oligarchie capitaliste et son Etat, le « péril rouge » ayant disparu il n’y a plus de raisons de les conserver, ils ne « servent » désormais plus qu’à endommager la compétitivité et les précieux profits des capitalistes. Emmanuel Macron, le nouveau ministre de l’Economie et banquier d’affaires chez Rothschild, avait dit lors d’un entretien en octobre dernier : « C’est le moment pour la France de repartir à l’offensive. L’Europe a besoin d’un New Deal : la France s’engage à poursuivre et même à intensifier ses réformes […]. Demandez aux entreprises si rien n’a changé ! Beaucoup de réformes ont été votées et engagées : le Cice (Crédit d’impôt compétitivité emploi, NDR), le pacte de responsabilité et de solidarité, l’accord de janvier 2013 sur la sécurisation de l’emploi. L’Etat, la sécurité sociale et les collectivités font des efforts considérables pour réduire nos dépenses publiques de 50 milliards en trois ans… C’est historique ! Faire changer les choses, c’est toujours prendre un risque. C’est comme rentrer dans la vallée de la Mort : jusqu’au dernier moment, on ne sait pas quand on va en sortir ; mais la pire des erreurs est de faire marche arrière. Nous avons six mois pour créer une nouvelle donne en France et en Europe ». [1]

C’est officiel, le gouvernement « socialiste » d’Hollande fait pire que son prédécesseur en matière d’écroulement social et de cadeaux au patronat et contribue à montrer que le classement gauche/droit n’a plus aucun sens. Un Etat impuissant face aux délocalisations de l’industrie nationale, un Etat qui préfère intensifier l’exploitation des travailleurs, baisser les indemnités, les adoucissements à l’exploitation, pointer du doigts les fraudes des individus aux prestations sociales alors que les fraudes des entreprises (fraude fiscale ou fraude aux cotisations sociales) représentent… 6 fois plus ! Mais ça il ne faut pas toucher !

handover-ceremony-between-the-former-b1f5-diaporamaMacron en compagnie de Montebourg

Vous l’avez votre « le changement c’est maintenant » tant promis ! Et dire qu’Hollande est présenté comme un « mou », au contraire, c’est près de 50 milliards d’euros qu’il a réussi à retirer des caisses de l’Etat pour le patronat, et cela en moins de 3 ans.

Dans les années de guerre froide la voix des patrons ne s’était jamais élevé contre les lois dites sociales, qui étaient tolérées voir encouragées, ce n’est qu’à partir des années 1980, avec l’affaiblissement du communisme, qu’elles ont été rejetées. Mais les capitalistes sont conscients qu’il faut procéder le plus minutieusement possible. En 1996 un rapport de l’OCDE, au départ confidentiel, affirmait qu’il était effectivement temps pour les « pays développés » d’accélérer la libéralisation financière et la destruction des adoucissements à l’exploitation et qu’il fallait s’y prendre progressivement en cherchant à limiter le plus possible les conséquences politiques (émeutes, grèves…) car « comporte nécessairement beaucoup de mesures impopulaires puisque l’on réduit brutalement les revenus et les consommations des ménages » !! [2]

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Bien sûr les pleurnicheuses de gauche vont appeler à un retour dans un passé révolu, mais le contexte n’est plus le même qu’après la Seconde guerre mondiale, le mythe des « 30 glorieuses » était le fruit de circonstances exceptionnelles qui n’aurait sans doute pas pu voir le jour sans les immenses dépenses en armement et en reconstructions due à la plus dévastatrice des guerres (qui marque ainsi la fin de la crise des années 1930), une tentative de remake de son aspect « social » engendrerait une fuite massive de capitaux, des grèves de l’investissement voir des sabotages car la peur permanente du communisme (à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur) n’est plus là pour justifier la générosité de l’oligarchie, et constatant leur échec les réformistes devront faire lamentablement marche arrière comme ce fut le cas avec le « Tournant de la rigueur » de Mitterrand en 1983… et même avec Hollande de nos jours qui avait, avant son élection, promis une taxe sur les riches suffisamment « forte » pour susciter l’indignation du MEDEF… Une fois élu il a proposé une forme très atténuée de cette taxe devant la Cour constitutionnel pour finalement se coucher devant les exigences des capitalistes, Forbes titrait à ce propos : « Hollande converti, propose l’austérité et une baisse des taxes pour renforcer la croissance en France » [3], et la fameuse taxe à 75% va totalement disparaître au 1er janvier 2015. C’est que le gouvernement n’a plus le choix, il ne fait qu’obéir aux exigences des capitalistes, c’est un processus inévitable qui va s’intensifier dans les prochaines années. Le capitalisme ne peut pas être réformé, la « révolution bolivarienne » au Venezuela nous le montre d’ailleurs tous les jours, le capital n’est pas qu’un compte en banque, c’est aussi un rapport social. Et de toute façon les Etats sont massivement endettés, ruinés par le capitalisme, en France la moitié des recettes publiques servent à rembourser la dette et les intérêts. Les travailleurs et les capitalistes ne supporteraient de nouvelles hausses d’impôts, les uns devront resserrer leur consommation, les autres réagiront par des grèves de l’investissements ou pire. Intensifier l’austérité réduirait la consommation intérieures mais creuser davantage la dette nous ferait plonger dans le même marasme que la Grèce. « Nous savons où se trouvent les ressources matérielles dont nous avons besoin. Les travailleurs les produisent, mais ce sont les capitalistes qui les possèdent. L’expropriation des capitalistes doit retrouver sa place au cœur de nos revendications. Et s’il faut rattacher un nom au programme dont nous avons besoin, ce ne doit pas être Keynes, mais Marx » [4].

Keynes disait lui-même qu’il proposait les interventions étatiques pour la raison que cela constituait le « seul moyen d’éviter la complète destruction des institutions économiques actuelles » et la « condition nécessaire d’un fructueux exercice de l’initiative individuelle » [5], l’interventionnisme devait donc servir de béquille au capital. En un peu plus direct :  « C’est un parti de classe, et cette classe n’est pas ma classe [la classe ouvrière]. Si je dois revendiquer des avantages pour une fraction de la société, ce sera pour celle à laquelle j’appartiens. […] Je peux être sensible à ce que je crois être la justice et le bon sens ; mais la lutte des classes me trouvera du côté de la bourgeoisie cultivée ». [6] La seule chose qui agitait l’esprit de Keynes était de quelle manière sauver la classe dominante, ni plus ni moins.

Pour Keynes « les salaires réels et le niveau de la production (et donc de l’emploi) [étant] inversement corrélés » en économie de marché, il préconisait la montée générale des prix (l’inflation) afin de faire baisser les salaires et les taux d’intérêts réels, car il savait qu’il est plus difficile pour les ouvriers de résister à une hausse des prix qu’à une baisse des salaires nominaux, cela devait permettre d’équilibrer l’épargne et l’investissement et d’accroître la « rentabilité du capital » afin d’augmenter le niveau d’emploi et de créer les conditions pour le développement « normal » du capital, l’Etat devait aussi étatiser des branches économiques entières (comprenant bien que les interventions de l’Etat capitaliste servent les intérêts privés), mettre en oeuvre d’importantes subventions et investissements publics, qu’ils soient utiles ou pas (armement…) afin de soutenir l’économie. Occultant les causes réelles des crises et le mécanisme pervers du capitalisme, pour Keynes l’insuffisance de la demande était due à des raisons « psychologiques », en réalité cela était due à la paupérisation relative (si ce n’est pas absolue) des travailleurs, et cette baisse des salaires réels allait encore plus appauvrir la demande intérieure des classes populaires.

Les politiques keynésiennes, non seulement se réalisent dans le seul but de sauver le capitalisme donc doit être l’ennemi de la classe ouvrière, mais en plus ne fonctionnent pas. Même un authentique keynésien comme Denis Clerc avait admis : « Partout où elles étaient tentées (sauf aux Etats-Unis), les politiques keynésiennes de relance ont échoué, ou n’ont réussi qu’en provoquant des déséquilibres intolérables à terme (déficit commercial extérieur, inflation) » [7]. On notera que le New Deal américain a également échoué à retrouver le niveau de 1929, il est à l’origine de la récession de 1937 et ce n’est que la Seconde guerre mondiale qui a vraiment sortie le pays de la crise. Il est clair que les solutions à la crise structurelle que nous subissons et à l’écroulement social qui l’accompagne ne se trouvent pas dans un cadre capitaliste, qu’il soit « libéral » ou « keynésien », ces deux faces d’une même pièce. Aujourd’hui le capitalisme ne peut plus assurer un certain bien-être social aux exploités, c’est l’une des raisons pour lesquelles le socialisme doit prendre sa place.

Sur la critique de la social-démocratie nous renvoyons au livre de Paul Mattick Marx et Keynes, Les limites de l’économie mixte (1969), Les classes sociales sous l’impérialisme (2013) de Vincent Gouysse (disponible en ligne) ou encore l’article de Robert Bibeau Pour en finir avec Piketty et ses hérésies (juillet 2014, disponible ici).

Ce dernier, Thomas Piketty, est devenu le nouveau chou-chou des médias depuis qu’il a publié son Le capital au XXI° siècle, un pavé de 800 pages pour arriver au constat que les inégalités se creusent et continueront dans cette tendance, les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres, et qu’ils sont presque aussi élevés qu’à la veille de la Première guerre mondiale, il s’est également amusé à réfuter la loi de la baisse tendancielle du taux de profit de Marx, ce que le site « ultralibéral » français Contrepoints.org n’a pas manqué de salué comme un « surprenant sauvetage du capitalisme par l’ami Thomas » [8], hors il semblerait que les méthodes de calculs utilisées pour arriver à cette conclusion soient déjà faussées dès le départ (voir le lien ci-dessus). Comme l’avait déjà montré Marx l’accroissement des inégalités est totalement normal au développement du capitalisme et Piketty souligne à juste titre que les « 30 glorieuses » constituent une exception. Pour aggraver les choses les médias l’ont présenté comme « marxiste », alors que Piketty refuse cette étiquette et avoue n’avoir jamais lu Le Capital (ce qui se voit aisément) dont le titre semble pourtant y faire référence.

Notes : 

[1] : E. Macron, entretien avec Le JDD, 11/10/2014
[2] : Cahier de politique économique n° 13, « La faisabilité politique de l’ajustement », par Christian Morrisson, 1996
[3] : Site du CIO ivoirien, Thomas Piketty : le nouveau Marx ?, 09/07/2014
[4] : La Riposte, Qui était John Maynard Keynes ?, 14/02/2012
[5] : Cité par Paul Mattick dans Marx et Keynes, éd. Gallimard, 1972, p. 13
[6] : Keynes, Suis-je un libéral ? (1928), cité par Mattick, op. cit, p. 33
[7] : Denis Clerc, Déchiffrer l’économie, édition de 1994, p. 358
[8] : Contrepoints.org, Piketty détruit Marx et Keynes, 03/06/2014

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La lâcheté d’Abdullah Ocalan en une phrase

Lorsque Abdullah Ocalan, le leader du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a été arrêté en février 1999 par des agents turcs au Kenya il s’était mis à genoux devant les agents et avait commencé à pleurer, il a dit exactement : « S’il vous plait ne me pendez pas, ma mère aussi était turque. Je suis prêt à tout type de collaboration ».

Une approche face à la mort radicalement différente des authentiques révolutionnaires turcs qui ont perdu la vie en ne disant rien face à la torture (Ibrahim Kaypakkaya), en résistant jusqu’à leur dernière cartouche contre une embuscade de l’armée (Mahir Cayan) ou en poussant eux-même le tabouret en criant : « Vive la Turquie entièrement indépendante, vive le marxisme-léninisme, vive la fraternité des peuples turcs et kurdes, vive les travailleurs et les paysans, à bas l’impérialisme ! » (Deniz Gezmis).

Sources : http://www.muammerdemirci.com/haber-detay/muammer-demirci-bir-hayalim-bir-hedefim-var – http://haber.stargazete.com/guncel/abdullah-ocalan-beni-asmayin-diye-yalvardi/haber-961206

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