Qu’est-ce que la dictature du prolétariat ?

La dictature du prolétariat, c’est avant tout la constitution des victimes du capitalisme, et particulièrement les ouvriers, en classe dominante et l’usage autoritaire de ce pouvoir afin de réprimer l’ancienne classe dominante capitaliste ainsi que leurs partisans qui n’ont pas désarmé. La dictature du prolétariat est ce qui différencie fondamentalement les marxistes des anarchistes, ces derniers nient toute forme d’autorité et veulent abolir l’Etat immédiatement car tout Etat est décrété nuisible sans faire la différence entre un Etat bourgeois et un Etat socialiste-ouvrier.

On ne peut pas abolir l’Etat d’un coup parce que les anarchistes l’ont décidé, l’abolition de l’Etat exige un Etat socialiste-ouvrier de transition qui élimine les restes de l’ancienne société et tend à l’abolition de l’antagonisme des classes, et le socialisme est impossible sans la domination de la classe ouvrière dans l’Etat. Le pouvoir est un instrument de changement.

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Quant à la violence, elle est intrinsèque à toute révolution. Comme le disait Marx et Engels, il ne faut pas avoir peur d’utiliser la force et l’autorité, surtout lorsque le danger contre-révolutionnaire se fait sentir : « Une révolution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit, c’est l’acte par lequel une fraction de la population impose sa volonté à l’autre au moyen de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires s’il en est ; et le parti victorieux, s’il ne veut pas avoir combattu en vain, doit continuer à dominer avec la terreur que ses armes inspirent aux réactionnaires. La Commune de Paris eût-elle pu se maintenir un seul jour si elle n’avait pas usé de l’autorité d’un peuple en armes contre la bourgeoisie ? Ne faut-il pas, au contraire, la critiquer de ce qu’elle ait fait trop peu usage de son autorité ?

Donc, de deux choses l’une : ou bien les anti-autoritaires ne savent pas ce qu’ils disent et, dans ce cas, ils ne font que semer la confusion, ou bien ils le savent et, dans ce cas, ils trahissent la cause du prolétariat. De toute façon, ils servent la réaction. » [1]

Marx insistait sur la nécessité pour le prolétariat de « centraliser tous les instruments de production » entre les mains de son Etat et « augmenter au plus vite la quantité des forces productives » [2], que « la centralisation nationale des moyens de production deviendra la base nationale d’une société formée par des associations de producteurs libres et égaux. » [3] Pour Lénine cela était tellement évident qu’il n’hésitait pas à dire qu’ « il ne vaut pas la peine de perdre fût-ce deux secondes à parler » avec ceux qui ne comprenaient pas ces lois d’édification du socialisme [4]. A noter que l’abolition de l’Etat politique, l’organe de domination d’une classe sur une autre, ne veut pas dire abolition de l’ « Etat » en tant qu’administration économique. Le communisme n’a jamais été l’autogestion.

Selon la conception marxiste et matérialiste-dialectique du monde l’Etat est chargé de représenter et de défendre les intérêts d’une classe sociale sur une autre. Une fois l’Etat bourgeois renversé c’est l’Etat des travailleurs qui prend sa place en réprimant les capitalistes et en nationalisant les moyens de production. Les ouvriers contrôlent désormais les moyens de production et travaillent pour eux-mêmes et pour leur société future, en URSS sous Staline le moindre produit du travail ouvrier servait à développer la défense nationale, à accroître la production future (pour développer l’économie socialiste puis communiste, le communisme étant la société d’abondance matérielle : « à chacun selon ses besoins ») et à améliorer leur bien-être social : augmenter les indemnités, développer et rendre gratuit l’éducation, la santé etc… Le travail revêt d’un caractère directement social.

Sur le plan économique la planification devient la règle, elle a, d’une manière globale, l’objet de développer les forces productives sans a-coups afin d’édifier une base matérielle socialiste, d’assurer l’indépendance nationale et de satisfaire de manière croissante le bien-être matériel des travailleurs jusqu’à atteindre le communisme comme l’expliquait Marx, Engels et Lénine pour qui le socialisme était la « grande production mécanisée », et cela nécessite le développement prioritaire de l’industrie lourde. Il existe deux grands secteurs dans l’économie : l’industrie légère (production de biens de consommation) et l’industrie lourde (industrie mécanique, sidérurgie, industrie de production de moyens de production). Mettre l’accent sur le second, impossible sous le capitalisme car le profit y est plus faible, signifie certes arrêter la croissance de la production de biens de consommation, voir la réduire, à court terme mais c’est l’accroître largement à moyen-long terme, c’est appliquer ce qu’on a appelé le principe des chaînons décisifs car c’est de l’industrie lourde que dépend le développement économique général. Mettre l’accent sur l’industrie lourde représente donc les intérêts du prolétariat au pouvoir.

La transition du socialisme au communisme nécessite l’augmentation de la production sociale et du bien-être culturel des travailleurs, le changement progressif des mentalités, ainsi que le perfectionnement croissant des rapports de production socialistes et de la démocratie populaire, vers la suppression des différences entre le travail manuel et le travail intellectuel et la participation des individus aux affaires d’Etat. Mais la prise du pouvoir par le Parti révolutionnaire ne suffit pas à garantir que le chemin ne déviera pas de la voie du communisme et il n’est pas exclu qu’une clique bureaucratiste apparaisse et se constitue en caste dominante comme ce fut notamment le cas en URSS après la mort de Staline. La lutte contre les tendances bureaucratistes est donc cruciale pour les communistes. Il n’appartient pas au gouvernement de dominer ses citoyens mais aux travailleurs de le contrôler d’éventuels dérives et que les « fonctionnaires » ne soient plus des bureaucrates à proprement parler, c’est ce à quoi pensait Marx lorsqu’il écrivait, par exemple, que l’Etat avait besoin d’une « éducation bien rude administrée par le peuple » [5]. Le contrôle populaire devra s’exercer de manière efficace et active aussi bien sur le plan politique que sur le plan économique.

Je profiterais de cet article pour dire qu’il est étonnant, comme on peut le constater, que les anarchistes essayent de récupérer Marx aujourd’hui, ayant bien vu l’homme qu’il est devenu, prétendant que Lénine et Staline aurait trahi Marx alors que de son vivant il était traité comme un moins que rien par ces mêmes anarchistes. Bakounine détestait tellement le marxisme qu’il se définissait comme un « anti-communiste » et avait fini par attaquer violemment Marx sur ses origines juives (il parlait de « lutte à mort contre le communisme d’Etat »), tout comme Proudhon. Bakounine ainsi que ses camarades ont été exclu de l’AIT par Marx en personne. De quoi mettre la puce à l’oreille sur ce que pensait réellement Marx des anarchistes, qui n’étaient que des « serviteurs de la réaction » [1].

Notes : 

[1] : Marx-Engels, Le parti de classe
[2] : Marx-Engels, Manifeste du PC, 1848
[3] : Marx, La nationalisation de la terre, 1872
[4] : Lénine, L’impôt en nature, 1921
[5] : Marx, Critique du programme de Gotha, 1975

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